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Arts - Spectacles, Du pianoforte aux capteurs numriques, Et voici le theremin

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Arts - Spectacles, Du pianoforte aux capteurs numériques, Et voici le theremin

LE GUIDE DES SPECTACLES

A la Cité de la Musique, on a pu découvrir les instruments les plus récents. A présent, ce sont les claviers anciens qu’on va pouvoir entendre

Depuis le telharmonium de Thaddeus Cahill (1897), gros comme un wagon de chemin de fer, ou le trautonium d’Adolf Trautwein (1930), qui servit à reproduire les cris d’oiseaux du film de Hitchcock, on a inventé des centaines d’instruments au destin plus ou moins bref, mais aux dénominations très étymologiques : le variophone, l’electrochord, l’héliophon, le kaléidophon, le novachord... Parmi ces antiquités sympathiques, le theremin occupe une place à part. Son inventeur, Léon Thermen, était un physicien russe émigré aux Etats-Unis, et qui vivait au milieu des prototypes les plus bizarres, télévisions en couleur et boîtes à rythmes. Enlevé par le KGB, proprement goulagué pour activités antisoviétiques, il est chargé de mettre au point des systèmes d’écoute qui lui vaudront le prix Staline (1re classe). Son theremin se présente comme une boîte munie de deux antennes. L’une détermine le volume du son, l’autre sa hauteur. Le musicien fait bouger ses mains devant ces antennes. Laurent Dailleau, qui en joue à travers le monde avec un répertoire d’oeuvres originales, et qu’on a pu entendre à la Cité de la Musique il y a quelques semaines au cours d’une journée de conférences et de concerts, l’a hybridé avec un ordinateur capable d’interpréter de toutes les manières possibles, grâce au logiciel Max, les données fournies par le theremin. « L’instrument, dit Laurent Dailleau, n’a pas bougé, au contraire des ondes Martenot, qui ont constamment évolué. Il a seulement été transistorisé. Thermen a peu collaboré avec des musiciens de son temps, si ce n’est Varèse, Cowell, Stokowski, mais il jouait un répertoire de transcriptions : « le Cygne » de Saint-Saëns ou « l’Alouette » de Glinka... On a peu écrit pour lui, sauf au cinéma et dans le rock des années 1960, de Zappa à Captain Beefheart, parce qu’il est très difficile d’en jouer : on manque cruellement de repères dans l’espace... »

C’en est donc fait. Le contact physique entre l’instrumentiste et l’instrument est rompu. Cécile Babiole, qui joue des capteurs, précise : « Nous recherchons des interfaces plus souples, et plus dynamiques que des claviers et des souris, et qui nous donnent la sensation physique de jouer. Je joue de l’image en direct, comme d’autres des instruments. » On l’a vue aussi à la Cité : « J’emploie des capteurs à ultrasons, presque des sonars : des petites boîtes qui mesurent constamment la distance entre eux et mes mains et la transforment en images. Dans mon ordinateur, j’ai entré un programme qui génère des formes en 3D, une espèce de grille qui se déforme, et qui est projetée sur un grand écran. Les choses sont écrites, non pas improvisées. Mes gestes sont utiles, et non chorégraphiques, non musicaux. » La numérisation fait tomber toutes les barrières : « Notre logiciel Max vient de l’Ircam. Il peut gérer toutes sortes d’interfaces. En fait on peut entrer n’importe quelle donnée, pourvu qu’elle soit comprise par l’ordinateur, et obtenir en sortie des fréquences sonores, ou des pixels, de la lumière, de la couleur, ce que vous voulez. »

A quoi il faut ajouter la « corde virtuelle » (médaille d’argent au concours Lépine 2003), tablette graphique utilisée par la main droite, associée à un joystick que commande la main gauche ; le gant Midi, muni de capteurs, avec lequel on frappe sur un tambourin électronique et qui pilote un échantillonneur ; Noemi, une sculpture « quiproduit une musique issuede sa collaboration avecles humains » ; et tousles autres « métainstruments » dont la particularité est de piloter les machines par le truchement des gestes.

Mais, à l’autre bout de la chaîne, la Cité a aussi une intense activité muséale. Non contente d’abriter une des plus belles collections d’instruments du monde, elle en fait venir. Comme ces pianos anciens appartenant à Fernanda Giulini, conservés dans les salles d’un des palais Médicis, près de Milan, mais aussi dans les couloirs, sur les paliers, dans les chambres, par paquets de six, témoins de deux siècles d’imagination, de savoirfaire et d’amour. Cette fois, le contact entre le musicien et son clavier est intime. Grâce au talent du luthier qui les entretient, Ferdinando Granziera, ces vieux pianos retrouvent l’élégance de leur ébénisterie et la chaleur de leur timbre. Mais ils sont terriblement autoritaires, sous leur apparence pacifique : le pianiste doit s’adapter à leur toucher, à leurs caprices de grands vieillards, et couler sa vision des oeuvres dans un moule préconçu. Le piano ancien n’est pas un capteur. (Et pourtantil sonne.)

Jacques Drillon

Concerts sur les pianos de la collection Giulini : le 16décembre, Andreas Staier et AlainPlanès ; le 17, Ronald Brautigam ; le 19,Melvin Tan (www.cite-musique.fr).

Jacques Drillon

Le Nouvel Observateur - 2197 - 14/12/2006

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