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Claude Gingras : Saint Franois d’Assise : colossal | Musique classique

Publié par Martenot

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Finalement, la grande soirée Messiaen de vendredi - reprise mardi - est un peu moins longue que prévu : cinq heures et sept minutes au lieu de cinq heures et demie. Surtout, elle est moins pénible que ce à quoi je m’attendais.

Nous parlons, bien sûr, de Saint François d’Assise, l’opéra de Messiaen que Kent Nagano et l’Orchestre Symphonique de Montréal ont monté, en première canadienne, pour le centenaire du compositeur. Même en version concert, il s’agit d’une entreprise colossale - et extrêmement coûteuse - mobilisant un orchestre augmenté à 120 instrumentistes, un choeur de 100 voix et neuf chanteurs solistes, sans parler des répétitions, qui furent certainement très nombreuses car le résultat est tout à fait exceptionnel.

 

En fait, il faut parler de version demi-scénique car l’aspect visuel y est constamment présent et donne à la musique et surtout au texte une vie qu’ils n’ont pas au disque. J’avais écouté l’enregistrement de Nagano, je m’étais profondément ennuyé et appréhendais la soirée de vendredi.

L’orchestre, avec ses innombrables cordes, bois et cuivres, ses énormes percussions et ses claviers d’ondes Martenot de chaque côté, plus le choeur au fond de la scène, tout cela constitue un spectacle en soi. Il y a davantage. Au-dessus de la scène, un écran géant mêle paysages et abstractions aux visages très grossis des chanteurs solistes, tous habillés en franciscains (ce sont les « frères » en communauté de saint François), à deux exceptions près : l’Ange, seul personnage féminin de la distribution, porte une robe blanche de mariée (!) et le Lépreux, envoyé par l’Ange et guéri lorsque saint François l’embrasse, est habillé normalement.

Au-dessus de l’écran, des surtitres très clairs permettent de suivre le texte en français et en traduction anglaise et de se rapprocher ainsi d’un sujet plutôt ésotérique. De la plume même de Messiaen, ce texte peut être à la fois d’un mysticisme édifiant et d’une banalité déconcertante. Si on entend là de grandes vérités, par contre il est difficile de classer dans cette catégorie les interminables conversations sur le comportement des oiseaux. Et on ne sait que penser de phrases comme celle-ci : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour soeur Eau. Elle est très utile et humble, précieuse et chaste ! Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu, par qui tu éclaires la nuit ! »

Souvent plus parlée que chantée, la partie vocale est défendue par d’excellents chanteurs dont la diction française, y compris chez les anglophones, est presque parfaite. Le baryton français Marc Barrard, dans le rôle-titre, est très émouvant, le ténor américain Chris Merrit en Lépreux passe miraculeusement de l’affliction à l’allégresse et Aline Kutan a toute la pureté voulue, quoique les gros plans la montrent regardant trop son texte. Jusqu’à Gino Quilico qui a de la classe, comme ceux qui l’entourent.

Bien qu’ayant peu à faire, le choeur chante avec une grande subtilité. Nagano dirige tout ce monde avec calme et efficacité et pousse à ses limites un orchestre où Messiaen mélange gamelan multicolore, effrayants sons des cuivres graves, unissons à la Mantovani, effets faciles, emprunts à ses oeuvres précédentes aussi bien qu’à Berlioz, Bartok, Prokofiev, Poulenc et même Gershwin.

Mais cinq heures (y compris deux entractes), cela reste une soirée bien longue. Et la salle bien remplie l’est beaucoup moins quand arrive le dernier acte.

« SAINT FRANÇOIS D’ASSISE », opéra en trois actes (huit tableaux), livret et musique d’Olivier Messiaen (1983). Version concert. Orchestre Symphonique de Montréal et Choeur de l’OSM (dir. Michael Zaugg), Marc Barrard, baryton (Saint François), Aline Kutan, soprano (l’Ange), Laurent Alvaro, baryton (Frère Léon), Chris Merritt, ténor (le Lépreux), Gino Quilico, baryton (Frère Bernard), Benjamin Butterfield, ténor (Frère Massée), Antonio Figueroa, ténor (Frère Élie). Chef d’orchestre : Kent Nagano. Projections : Jean-Baptiste Barrière. Mise en espace : François Racine.