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Martenot au fil du net...

Ghost Days

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Publié par Martenot

Rock Le luxuriant "Ghost Days" continue d’affranchir un peu plus le groupe du tourmenté Jonathan Morali : un grand album de pop, sans besoin de rajouter “française” derrière.

Lorsqu’il sortit en 2003 son premier album, Morali venait tout juste d’être lauréat du premier concours CQFD-Les Inrockuptibles. Il était donc dans la position un brin écrasante du jeune espoir sommé de faire ses preuves. Les belles chansons cotonneuses de A Whisper and a Sigh l’avaient immédiatement affranchi de ce poids. Certes, elles empruntaient les pistes du songwriting anglo-américain, mais avec une sorte de distance rêveuse qui les détachait de tout suivisme bas du front et rapprochait leur auteur de quelques musiciens aux semelles de vent - Robert Wyatt, Nick Drake, Thom Yorke ou encore Euros Childs, leader des trublions gallois de Gorky’s Zygotic Mynci. Morali devenait alors l’un des symboles d’une France enfin libérée, capable de clamer son amour pour la musique anglophone sans verser dans le mimétisme souffreteux de tant de petits soldats de l’indie-pop.

En 2005, Someday We Will Foresee Obstacles confirmait que Morali pouvait parfaitement revendiquer le statut de "songwriter". Colorée par un quatuor de jeunes musiciens aux doigts fins, sa musique prenait un éclat nouveau, qui soulignait la finesse de ses lignes et l’ampleur de son souffle. Le troisième album du groupe, Ghost Days, va encore un peu plus loin dans cette direction : on y entend la parole d’un musicien maître de son langage, dont ses généreux complices amplifient et subliment sans cesse l’écho.

Le doute est inscrit dans le patrimoine génétique de Morali, qui se décrit volontiers comme un anxieux chronique. On a beau lui répéter que Ghost Days est une magnifique collection de mélodies finement ouvragées, éclairées par des arrangements qui en modifient sans cesse les contours : il raconte avant tout les immenses difficultés qui ont accompagné sa genèse puis sa réalisation. Non pas qu’il soit homme à bouder méthodiquement son plaisir ; mais il sait combien l’acte créatif est aussi pour lui une intarissable source de troubles et de découragements. "Les périodes d’enregistrement sont compliquées pour moi, c’est toujours la fin du monde. Dans le groupe, on est cinq mecs bien pénibles et névrosés, qui se posent sans cesse cinquante questions, parmi lesquelles il n’y en aura qu’une de bonne...Quand tu te retrouves à enregistrer des trucs qui te paraissent nuls, il ne faut pas essayer de rendre ça fun, mais comprendre pourquoi tu ressens les choses comme ça. Il faut élaguer, enlever le superflu, avancer à tâtons, jusqu’à ce que ça paraisse juste. Je n’ai pas beaucoup réécouté Ghost Days, mais je sais au moins qu’il est profondément sincère : quand tu n’as aucun repère, c’est bon de pouvoir s’accrocher à celui-là. Si Ghost Days est mal perçu et accueilli, je serai sûrement triste ou vexé. Mais je peux vivre avec ça, alors que je ne pourrais pas vivre avec l’idée de ne pas exprimer des choses sincères. J’ai choisi mes priorités."

Cet écheveau de sentiments plus ou moins contradictoires trouve sa résolution dans le profil harmonieux d’une musique qui parvient à concilier complexité d’écriture et évidence mélodique. Adoptées dès la première écoute, les chansons de Ghost Days, auxquelles la voix de Morali apporte tout leur liant poétique, n’en ont pourtant jamais fini de surprendre l’auditeur par leur capacité à se transformer en douceur, sous l’influence fragile mais essentielle d’un simple glissement harmonique ou sonore - voir ainsi la seconde partie de My Lover’s in the Pier, illuminée par l’irruption d’un chœur séraphique, ou la longue coda de Me and my Horses, lentement transfigurée par des entrelacs de cordes, d’ondes Martenot et d’effets électroniques. "Je suis fan de plein de trucs pop, explique Morali, qui véhiculent cette idée de la chanson parfaite, avec ses couplets, ses refrains, son pont et sa fin ad lib, le tout en 3’30... Mais j’ai beaucoup de mal à composer comme ça : j’ai tendance à partir dans tous les sens, à confondre créativité et débauche d’idées. Le groupe m’a beaucoup aidé à ce niveau : il m’a appris à creuser une seule voie au lieu d’en chercher tout de suite quatorze autres.

L’unité de Ghost Days tient aussi à la thématique qui, en filigrane, le sous-tend de bout en bout. A l’évocation de ces "jours fantômes", on pensait que Morali, une fois encore, avait trempé sa plume dans l’encre des souvenirs, qui colorait la plupart de ses textes passés. Vérification faite, le titre de l’album renvoie à une autre réalité, tout aussi intime mais qui s’inscrit au cœur même de sa vie de musicien. "Toutes les chansons de ce disque ont été composées dans des moments particuliers, que j’appelle justement les "jours fantômes". Quand je compose, je me retire dans mon appartement, je ne réponds plus au téléphone et je perds toute notion du temps : je peux me relever à 3 heures du matin pour écrire une chanson. Je voulais témoigner de ça, évoquer ces heures supplémentaires qui semblent s’immiscer dans le cours habituel du temps. Les chansons dont je suis le plus satisfait, ce sont d’ailleurs souvent celles où je me reconnais le moins, où quelque chose a échappé à mon contrôle. Comme si un fantôme avait travaillé pour moi..."

RICHARD ROBERT

22 janvier 2008 http://www.lesinrocks.com/index.php...