Histoire de l’ONDOMO

Un article du créateur, Naoyuki Omo.

Naoyuki nous a transmis ce très beau texte sur lui-même et son instrument d’Ondes. Pour le télécharger et l’imprimer, cliquer sur le pdf.

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Histoire de l’Ondomo

Pour autant que je me souvienne, très jeune j’ai toujours été passionné par les inventions. Il fallait que je réalise quelque chose et très tôt je me suis intéressé à l’électronique. Je voulais toujours faire mon propre design. J’ai bricolé les postes de télévision à tube. Cela m’a beaucoup appris. Je voulais inventer, entreprendre.

Alors bien plus tard j’ai commencé à prendre les choses sérieusement et je suis devenu un membre de la F.I.A. (la Fédération Internationale de l’Automobile).

C’était en 1995 et le but était de réunir des constructeurs de F3.

Mon ambition était de construire des F1 mais je voulais commencer par la F3 pour des tas de raisons avant de m’attaquer à la F1.

Il y avait une vingtaine de constructeurs de F3 à l’époque et tous utilisaient le même moteur.

Moi je voulais créer une surprise sur le marché et fabriquer mon propre moteur. J’ai donc décidé de m’y mettre et j’ai fabriqué mon propre moteur que j’ai mis sur la voiture que j’avais construite pour participer à une course. Vous imaginez ma fierté d’autant que j’ai honorablement terminé la course.

Pourtant j’ai dû renoncer car il y avait trop de contingences extérieures et particulièrement financières.

Cela m’avait amené à voyager dans le monde et un jour au retour de Londres dans l’avion j’étais assis à côté d’une charmante jeune femme qui, je ne sais plus qui avait engagé la conversation, me parle de musique, domaine que j’avais un peu laissé de côté depuis toujours. Elle était pianiste professionnelle à cette époque . Je venais de faire la connaissance de Ayako Hase. Nous nous sommes quittés avec la promesse de nous revoir.

Quelques temps plus tard j’ai invité Ayako à un concert d’Ondes Martenot. Ce fut un réel choc pour moi. J’étais tombé amoureux de l’instrument et du son car je n’avais jamais encore entendu quelque chose qui m’ait autant bouleversé. Ce jour là Ayako réalisa que l’Onde Martenot était l’instrument qu’elle cherchait depuis toujours pour exprimer sa musique. Depuis, comme moi, elle y consacre sa vie. Les choses se sont ensuite accélérées.

J’étais fasciné, mais comment faire pour recréer cet instrument dont le son me rappelait la voix humaine et dont l’électronique et la mécanique mettaient en oeuvre des techniques si complexes. Ce projet, la construction des Ondes Martenot allait remplir ma vie. J’ai commencé en 1999 et maintenant depuis plus de 18 ans la passion est toujours là. Je progresse de plus en plus et je commence à recueillir le fruit de tant d’efforts grâce aux conseils bienveillants des Ondistes que je croise sur mon chemin.

Après avoir compris comment fonctionnaient les premières Ondes, je me suis mis à construire mon premier exemplaire à base de tubes électroniques pour essayer de reproduire l’Onde originale. J’avais particulièrement soigné le design et l’esthétique mais pour le son j’étais encore très loin du but. Mon premier voyage en France allait me permettre malgré tout de faire la rencontre de Jean-Louis Martenot, du monde des Ondiste, des chercheurs de la Cité de la Musique et du LAAME.

Comment ne pas penser à tous ceux qui m’ont soutenu alors que j’étais si loin du but et particulièrement à Madame Pura (Pénichet-Jamet ndlr) qui a cru en moi dès le début et m’a prodigué conseils et encouragements.

Je me promenais donc partout avec mon Onde de 25Kg, et partout je suscitais la curiosité et l’admiration pour la beauté de l’instrument mais pas pour le son qui était instable. J’en étais profondément affecté. Ce fut aussi le moment où j’ai rencontré pour la première fois Jean-Louis Martenot qui fut lui aussi surpris de voir ce jeune homme japonais débarquer à Paris avec une Onde sous le bras. Son verdict était sans appel. Le son c’est pas ça mais continuez vous êtes sur la bonne voie. Je suis reparti au Japon et je suis revenu plusieurs fois à Paris, rendant visite à plusieurs personnes qui composent cette petite communauté des Ondiste et bien sur à Jean-Louis Martenot. J’ai reçu beaucoup d’encouragements pour continuer à cette époque.

A la Cité de la Musique les chercheurs essayaient de comprendre comme le ‘sac’ fonctionnait. Leur approche était très scientifique. La mienne plutôt empirique. Je passais des heures à faire et défaire ce satané sac et tester son élasticité avec des mélanges de poudre, oubliant même de manger et de dormir. Je savais qu’un jour j’y arriverai. J’ai fini par comprendre que la poudre seule n’était pas le secret mais que la découpe du cuir (donc la forme de base du sac) avait une influence sur son élasticité.

Plus tard j’ai construit une Onde à base de transistors. Après de nombreux essais de design de circuits et de composants électroniques je répétais tous les ans mes voyages en France pour ‘valider’ mes progrès auprès des Ondistes et de Jean-Louis Martenot qui ne me laissait pas beaucoup d’espoir.

Je me suis donc fait une raison et j’ai du accepter qu’avec les composants d’aujourd’hui et surtout sans les schémas de l’Ondes à transistor d’origine qui étaient jalousement gardés secrets je n’y arriverais pas. Cela n’était pas pour me décourager car bien plus important que l’instrument, l’esprit de Maurice Martenot m’habitait. Je décidais donc de partir d’une feuille blanche et considérant qu’il était plus important de toucher un public large, je commençais par construire un ‘ruban eleki’ très simple avec le ruban et la touche. Ce n’était pas très ‘vendeur’. Je commençais alors la conception de l’Ondomo. Un instrument dont le prix serait abordable, qui aurait toutes les fonctionnalités de l’Onde, et qui serait suffisament compact pour pouvoir être utilisé par des élèves comme instrument d’étude mais aussi comme deuxième instrument (et portable) par des professionnels.

L’Ondomo était née, compacte, 4 octaves, haut parleur intégré et prix autour de 2000 Euros. La conception m’a pris 6 années et j’ai construit 100 unités de l’Ondomo actuelle. J’assure la mise à jour de toutes les parties de ce premier lot en prenant en compte les remarques qui me sont faites. Je voyage beaucoup et livre moi même mes instruments. Cela me permet d’avoir un contact direct avec les musiciens et de connaitre leurs souhaits. Aujourd’hui, je suis très heureux de compter parmi les possesseurs d’Odomo le groupe Radiohead et Micka Luna un artiste très réputé en Espagne, ainsi que de nombreux Ondistes professionnels.

J’ai bien sûr de nombreux projets dans la tête mais je ne vais pas en parler maintenant. Ils sont le fruit de la coopération de toutes les personnes qui m’ont aidé et de l’amour qu’elles me témoignent. Restez à l’écoute pour la prochaine génération de ‘Legacy of Love’.

Naoyuki OMO