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Le Journal LE MAGUE- Interview : Yann Tiersen

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Interview : Yann Tiersen

samedi 23 avril 2005, par Pierre Derensy

Le nouvel opus de Yann Tiersen devrait ravir les puristes. Les amateurs de « L’absente » ou du « Phare ». L’insulaire retourne donc sur son île pour retrouver l’inspiration primaire qui l’avait tant aidé à faire découvrir à la face de l’hexagone son talent et son univers si particulier fait de mélodies léchées, de sons et de mélanges de voix dissonantes blottis dans des disques toujours tip-top.

Je voulais savoir si hier soir lors de son débat sur TF1 notre cher Jacques Chirac t’avait convaincu de voter « oui » à la constitution Européenne ?

Yann Tiersen : « J’ai pas la télé (rire). De toute façon c’est pas lui qui peut réussir à me convaincre de quoi que ce soit. J’ai acheté le texte de la constitution, je suis en train de le lire mais je ne sais pas encore ce que je vais faire. »

Pour débuter la conversation sur ton album j’aurais aimé connaître la signification de ce titre « Les retrouvailles », ce titre peut il être pris comme quelque chose que tu aurais perdu et retrouvé ?

Yann Tiersen : « Pas à ce point là. Ce n’est qu’un titre. Depuis « L’absente » je m’étais dit que le prochain album s’intitulerait ainsi. J’ai voulu retravaillé complètement tout seul pour ce qui est musique et le fait de jouer presque tous les instruments. Je suis retourné au même endroit où j’avais enregistré « Le Phare » donc c’était bien venu de l’intituler de cette manière. »

Cette île de Ouessant où tu t’es ressourcé, qu’est-ce qu’elle t’apporte ?

Yann Tiersen : « Pour moi c’est plus un lieu de vie, un lieu où j’aime bien être. J’adore les gens qui y habitent, je me sens bien là bas, c’est tout le contraire de l’isolement ; là bas je vais plus au café, je sors vachement plus que lorsque je suis à Paris. Cela me permet d’analyser mon travail de façon plus légère. J’ai commencé l’album de manière plus sereine car je ne me mettais pas de pression. Si je ne trouvais pas d’idée j’allais me balader ou boire un coup, c’est tout ce dont j’ai besoin pour composer. »

Dans ton album on ressent une grande bouffée d’air pur, un besoin de sentir le vent et la nature ?

Yann Tiersen : « C’est un album qui s’est crée dans un certain contexte... disons que je ne vais pas faire mon écolo à deux balles mais je pense que si tu me mets dans un milieu urbain je me perd et je me prend la tête pour des trucs pas très intéressants. Etre plus proche de la nature cela me permet de relativiser pas mal de chose. »

Tu as d’une certaine manière peur des villes ?

Yann Tiersen : « Je n’aime pas le côté individualiste que tu ressens dès que tu mets les pieds dans une cité urbaine. C’est aussi tous les appels à la consommation qui me gonflent. C’est vraiment pesant. Cette normalité de voir des pubs partout. A Ouessant c’est soft, tu n’as pas de moyen de consommer beaucoup... à part à l’apéro (rire). »

D’où cette chanson avec Jane Birkin qui chante sur « Plus d’Hiver » un texte politique ? Yann Tiersen : « J’ai l’impression qu’on assiste à une mort du politique et que l’on devient une sorte de voiture balais de l’ultra-libéralisme. Je ne dis pas ça pour l’Europe mais au niveau français. On semble être plus gouverné par les entreprises et l’économie que par des hommes avec des sentiments humains. Le problème c’est que je ne sais pas comment réagir face à ça. On est tellement dedans jusqu’au cou. C’est pour ça aussi que je ne suis pas entièrement partisan du Non car je pense qu’il faut réussir à se battre avec les armes de l’ennemi. »

Cela doit être encore plus compliqué pour un artiste qui se retrouve au cœur d’une société de consommation ?

Yann Tiersen : « Effectivement mais pour moi le livre, le disque ou le cinéma ne devraient pas entrer dans ce processus. C’est quand même autre chose qu’un objet de consommation à la base. On l’achète ça coûte de l’argent certes mais maintenant cela devient rapidement l’histoire d’une major qui fusionne avec des multinationales pour que notre travail ne soit plus qu’un produit parmi une marque de yaourt et trois couches culottes. »

Est-ce que « Western » le premier titre de l’album c’est un moyen d’aller recomposer la BO d’« Il était une Fois en Amérique » ?

Yann Tiersen : « Le morceau on l’avait appelé comme ça à la base avec Fabrice mon ingénieur du son car il y a une guitare un peu western dedans. Après j’ai gardé le titre car quand tu es sur une île au large de la Bretagne tu ne peux pas être plus à l’Ouest ou alors tu dois traverser l’Atlantique. »

Qui est cette chanteuse qui vient sublimer « Kala » ?

Yann Tiersen : « C’est Liz Frazer la chanteuse des Cocteau Twins. J’étais fan quand j’étais ado, j’adore ce groupe. C’est quelqu’un de super inventif à la voix, c’est quelqu’un qui chante avec une liberté énorme. »

Depuis « L’absente » tu fais de plus en plus appel à des chanteurs pour venir porter tes morceaux ?

Yann Tiersen : « J’ai besoin des deux vraiment. Je n’ai pas envie de me limiter à ma voix qui est assez grave. »

Sur ce disque, la voix de Stuart Staples ressemble beaucoup à celle de Neil Hannon, y a t’il une intonation particulière que tu affectionnes pour chanter sur tes compos ?

Yann Tiersen : « Ce n’est pas conscient. Je n’ai pas d’à priori. Ce n’est pas seulement la voix j’aime aussi ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Par exemple je kiffe à mort sur Thindersticks c’est donc vraiment un plaisir de l’inviter pour qu’il habite de son univers ma chanson. »

Il y a un grand moment sur l’album c’est « Le Jour de L’Ouverture » avec Dominique A et Miossec, comment fait on pour faire cohabiter 3 fortes personnalités comme les votre ?

Yann Tiersen : « En fin de compte tu réalises qu’il y a beaucoup de duos, alors faire un trio de mecs c’était marrant à entreprendre. On se connaît bien, on se croise souvent et j’avais vraiment envie qu’on essaye de faire quelque chose ensemble. J’ai donc écrit la musique, on a écrit et chanter le texte à trois. »

Tous tes disques mais celui là particulièrement sont très courts ?

Yann Tiersen : « Je suis resté au format vinyl c’est à dire 20 minutes par face. Dans l’histoire du disque l’album c’est ça comme format. Pour moi cela ne doit pas être plus long, si cela s’éternise on s’emmerde un peu. Là j’avais plein d’autres titres que je n’ai pas souhaité enregistrer. Ces chansons, je ne les laisse pas tomber, je sortirais peut être bientôt un truc encore assez vague... »

Tu es plutôt du style à prendre ton temps en studio ou alors tu fonctionnes dans l’urgence ?

Yann Tiersen : « J’ai travaillé de façon assez sereine sur cet album mais je n’arrive pas à préparer en amont. Je ne sais pas préparer un nouveau morceau ou des bases pour un disque en avance. Quand je publie un album je ne fais plus rien pendant pas mal de temps... après je repars à zéro. »

Tu as voulu aussi témoigner visuellement de ces « Retrouvailles » ?

Yann Tiersen : « Avec Aurélie qui a réalisé le film on voulait suivre l’album du début jusqu’à la fin. Il y a donc un témoignage de ça, faire quelque chose de simple sans explication. L’idée c’était de mettre en chantier juste après le mix. On a terminé l’enregistrement le 24 janvier et le 29 nous étions à Brest pour jouer les morceaux en live et filmé en conséquence. »

Comptes-tu faire d’une manière différente un autre album live ?

Yann Tiersen : « Là les concerts qui vont arriver vont changer pas mal de choses car les musiciens sont différents. Il y aura une batterie, une guitare et une basse plus des ondes Martenot , alors après pourquoi pas laisser une trace de ces concerts mais je ne sais pas encore... »

Pourquoi à un certain moment, alors que tout te destinait à faire du classique tu t’es autorisé à aller voir ailleurs ?

Yann Tiersen : « J’étais destiné à rien du tout ! C’est juste que lorsque j’étais petit je faisais du classique mais j’ai arrêté très tôt vers 13 ans car à ce moment là j’ai écouté du rock et presque aussitôt faire un groupe avec des copains : c’était plus mon univers, je ne me suis jamais reconnu trop dans la musique classique. »

As-tu des projets avec le théâtre comme à tes débuts ?

Yann Tiersen : « Non ! Pour l’instant je veux faire des disques, des tournées, des concerts, après le reste pourquoi pas... Je n’y pense pas. »

En ce qui concerne les BO : c’est toi qui va aux BO ou les BO qui viennent à toi ?

Yann Tiersen : « Oh là là moi je n’y vais pas ! j’ai horreur de ça. J’adore le cinéma mais je trouve l’exercice de faire une bande son pour un film extrêmement difficile . Quand tu fais un album tu es libre de tes mouvements, tu peux le faire dans le plaisir et au cas où cela ne te plait pas tu peux le jeter. L’emmerdant dans une BO c’est que tu as une obligation de résultat. Je ne peux pas faire un truc merdique, non seulement parce que je n’en ai pas envie (rire) mais surtout parce que cela vampiriserait le travail de quelqu’un d’autre. »

Comment travailles tu sur une BO, tu composes d’abord ou il t’es indispensable d’avoir les images pour travailler ?

Yann Tiersen : « En général il faut que le sujet du film fasse écho à quelque chose de personnel. Les seuls contraintes ensuite se résument au minutage où je dois calculer quelle séquence irait à un moment ou à un autre. »

Tu as été un des acteurs principal au « Non à Le Pen » n’as-tu pas l’impression après coup d’avoir été manipulé comme certains le disent maintenant ?

Yann Tiersen : « Ho non manipulé pas du tout. Par contre point de vue Chirac maintenant je me dis que c’était peut être une belle connerie. Dans le gouvernement qu’on a qui est tellement démago et fasciste j’ai l’impression d’être sous Pétain. A chaque fois qu’ils s’attaquent à un problème ils prétendent le résoudre. Dans le contexte de 2002, la mobilisation était super, on s’imaginait que les gens prenaient conscience de quelque chose mais après quand tu vois les résultats des législatives qui ont suivi tu te rends compte qu’on a oublié quelque chose en route. »

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Pierre Derensy

Pierre Derensy n’a pas encore trente ans, mais comme pour tout un chacun, cela ne saurait tarder. A la vitesse où il brûle sa vie, ses chroniques et ses interviews, il n’en a plus pour longtemps.

Nombre de ses détracteurs en seront ravis, quelques femmes lascives seront tristes et pleureront celui qui eu un jour la révélation de sa profession de journaliste en ouvrant une porte d’armoire à balais. Il y rencontra, imbibé de lumière : le fantôme d’Elvis. Depuis il n’a de cesse de propager la parole fétide des justiciers du ciel. C’est donc avec acharnement qu’il colmate les brèches entre le King et les autres. Sorte de Zorro émouvant du « tout musique », il lustre sa fine moustache sous les sun-lights artistiques mais ne crache pas sur une passe d’arme avec le monde politique et social. Affûtant sa plume sur les faiseurs de poses, son ennemi héréditaire David Douillet, sa Milady : Bernie Chirac et les trois milles personnalités sans styles tombés sous ses coups ne jurent que de le voir occire par une lame plus aiguisée que la sienne.

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