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Le Monde.fr : Festival d’automne Paris : le tour de force musical d’Hanspeter Kyburz

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Le Monde.fr : Festival d’automne à Paris : le tour de force musical d’Hanspeter Kyburz

Festival d’automne à Paris : le tour de force musical d’Hanspeter Kyburz

LE MONDE | 23.11.05 | 14h39 • Mis à jour le 24.11.05 | 12h46

En découvrant un très grand orchestre sur la scène du Palais Garnier, lundi 21 novembre, on a le sentiment que le Festival d’automne à Paris joue gros ce soir. Un peu comme il l’avait fait, en 2001, en ouvrant sa saison avec La Petite Fille aux allumettes, l’opéra radical d’Helmut Lachenmann. A la durée du concert, plus de deux heures et demie, assez inhabituelle pour un rendez-vous de musique contemporaine, et à la monumentalité des effectifs, il faut ajouter, parmi les risques pris ce soir, celui d’une affiche dont la cohérence musicale ne saute pas aux yeux.

En première partie, Giacinto Scelsi (1905-1988) et Edgar Varèse (1883-1965), qui partagent un goût immodéré pour le rituel ancestral. En seconde partie, l’Allemand Hanspeter Kyburz (né en 1960), un des plus brillants penseurs de la musique d’aujourd’hui dont la production n’est pas connue pour s’inspirer des temps immémoriaux...

Hymnos, pièce pour orgue et deux orchestres composée par Scelsi en 1963, constitue un excellent lever de rideau symphonique par son déploiement à partir d’une seule note. La propagation de l’onde entre les différents instruments semble néanmoins inopérante, sous la direction pourtant énergique de Sylvain Cambreling. Cela s’explique peut-être par le fait que l’acoustique du plateau est plutôt destinée aux voix. Yliam, pour choeur de femmes, va permettre de le vérifier. Bien que situées dans des zones inconfortables de la tessiture, les notes étranglées (aiguës) ou étouffées (graves) qui constituent l’essentiel de cette incantation de Scelsi produisent un bel effet d’envoûtement archaïque.

Une semblable recherche se trouve dans Ecuatorial, d’Edgar Varèse, une oeuvre du début des années 1930 qui associe les sonorités futuristes des ondes Martenot et la vocalité tribale d’un choeur de basses (chantant un extrait du Popol Vuh, texte sacré des Mayas) au sein d’une narration orchestrale de type dyslexique. Même dans l’interprétation, assez sobre, de l’Orchestre symphonique SWR de Baden-Baden et Fribourg, Ecuatorial ressemble à une caricature de musique moderne, où la discontinuité le dispute à l’emphase.

Uaxuctum, de Giacinto Scelsi, a également recours aux ondes Martenot. Plus articulée que les pages du Romain précédemment exécutées, cette épopée est aussi plus anecdotique. Après trois Scelsi d’inégale valeur et un Varèse des mauvais jours, on arrive à l’entracte en restant un peu sur sa faim. Heureusement, un autre concert commence. Le Festival d’automne renouvelle la formule du "2 en 1" avec un orchestre - et un billet - pour deux concerts donnés dans la foulée.

A la décharge de Varèse, pionnier avec Déserts de la relation entre bande enregistrée et sons produits en direct, il a souvent été dit qu’il ne disposait pas des instruments à la hauteur de son imagination visionnaire. Ecuatorial le laisse bien entendre. Hanspeter Kyburz bénéficie, lui, de la haute technologie (notamment informatique) dont son esprit perfectionniste a besoin. Celle-ci, fournie par l’Ircam, lui a permis, le 9 novembre, au Centre Pompidou, d’entamer sa représentation au Festival d’automne avec une magnifique création, Double points : +, pour un danseur (Emio Greco), six musiciens et électronique.

Sa maîtrise de l’interaction entre différents corps, sonores ou non, s’est confirmée à l’écoute des deux oeuvres inscrites au programme du Palais Garnier. A travers (1999), pour clarinette et orchestre, illustre la musique dite de processus qui se pratique dans les cercles avant-gardistes depuis une vingtaine d’années, mais avec une telle variété de gestes et d’éclairages qu’on croit tenir là une merveille de fantaisie concertante. L’écriture de Noesis (2001-2003), pour orchestre, relève également du prodige. Elle a la prestance de la musique de Pierre Boulez et l’audace de celle de Karlheinz Stockhausen, avec un sens du spectacle propre à Hanspeter Kyburz. Ce dernier réussit alors le tour de force de multiplier les convulsions et les ruptures sans jamais paraître chaotique.

Festival d’automne. Giacinto Scelsi : Hymnos  ; Yliam  ; Uaxuctum. Edgar Varèse : Ecuatorial. Hanspeter Kyburz : A travers ; Noesis. Ernesto Molinari (clarinette), Ensemble vocal SWR Stuttgart. Opéra national de Paris, Palais Garnier, le 21 novembre. Prochains concerts : œuvres de Liza Lim et Hanspeter Kyburz, les 29 et 30 novembre, à 20 heures. Cité de la musique, 221, avenue Jean-Jaurès, Paris-19e. M° Porte-de-Pantin. De 8 euros à 17 euros. Tél. : 01-44-84-44-84.

Pierre GervasoniArticle paru dans l’édition du 24.11.05