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Le ring : « les favelas du Nord »

Publié par Martenot

Le ring : « les favelas du Nord »

La réalisatrice du Ring, Anaïs Barbeau-Lavalette, avec le comédien Maxime Desjardins-Tremblay, lors du lancement du film en octobre dernier.

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PHOTO : André Pichette, La Presse Louis-Bernard Robitaille Louis-Bernard Robitaille (collaboration spéciale)

La Presse

C’est l’avantage de la jeunesse : Anaïs Barbeau-Lavalette s’est retrouvée cette semaine à la Berlinale sans trop mesurer sa chance. Le ring, retenu dans la section parallèle Panorama, est le long métrage d’une bande de copains diplômés de l’Institut national de l’image et du son, qui disposait d’un budget dérisoire de 800 000 $, et tourné avec une caméra numérique.

Ce qui n’empêche pas Anaïs, qui a eu 29 ans la semaine dernière, de monter ce soir sur la scène d’un grand cinéma de Potsdamer Platz à 22 h 30 pour présenter son oeuvre à quelque 500 festivaliers, jurés et journalistes. Mais sans trop savoir comment ça se passe, quand sortiront les critiques, à quel moment on annoncera le palmarès.

Le détachement est peut-être réel. Elle a déjà derrière elle un début de filmographie, des documentaires tournés à Montréal ou en Amérique latine. Et puis, dit-elle à peine débarquée à Berlin lundi après-midi, à titre de seule représentante du Ring : « C’est un film qui est sorti il y a déjà longtemps, au mois d’octobre. » Pour elle, aussi bien dire une éternité.

Depuis, elle a plongé dans la préparation d’un nouveau film, qui se passera entre Montréal et les territoires palestiniens. Et elle ne sait pas exactement comment elle s’est retrouvée sélectionnée pour Berlin. « C’est la maison Christal, distributeur du film, qui s’est occupé de tout. Ça s’est fait sans moi. Mais bien entendu, je suis ravie d’être à Berlin, l’un des deux ou trois plus importants festivals de l’année pour le cinéma d’auteur. »

Bien sûr, les retombées concrètes de la Berlinale ne sont pas automatiques. Mais c’est déjà une petite consécration en soi, car la compétition est impressionnante : « Nos émissaires à travers le monde ont vu quelque 3000 longs métrages, explique à La Presse Wieland Speck, le grand patron de Panorama. Après un premier filtrage, j’en ai vu moi-même un millier. Et à l’arrivée, si l’on enlève les films documentaires, il ne reste plus cette année que 32 longs métrages de fiction dans la sélection. »

Au Québec, un film fort bien reçu par la critique comme Borderline, s’il a passé les étapes préliminaires, n’a finalement pas été retenu. C’est dire que les places sont chères. « Qu’il y ait deux films québécois au programme cette année montre bien l’intérêt que nous portons au cinéma canadien, qui a pour moi un style novateur bien à lui : c’est nord-américain sans être américain. »

Wieland Speck ne va certes pas commenter la non-sélection de Borderline - « Je ne fais jamais ça » -, mais en revanche, il se répand en louanges sur Le ring. « Non seulement la façon de filmer et les images sont remarquables, dit-il, mais encore ce film a une originalité certainement symptomatique de notre époque : il montre une réalité sociale très dure et saisissante qui auparavant ne pouvait exister que dans les favelas de Rio ou les bidonvilles d’Amérique latine. Le ring, ce sont les favelas du Nord. »

Bel accueil public

À Berlin, la carrière du Ring avait commencé, en l’absence de sa réalisatrice, samedi soir dernier au cinéma Cubix d’Alexanderplatz. Une simple projection publique, comme il s’en fait trois ou quatre en cours de festival. Une salle de 400 places pratiquement pleine et qui réagit bien. À deux exceptions près, personne ne sort. Au générique de fin, même en l’absence de représentants du film, le public applaudit spontanément. « Un film très dur à voir, dit un jeune couple dans la trentaine. Mais quand même très beau et intéressant. »

Lundi, comme il se doit, Anaïs Barbeau-Lavalette est entré de plein fouet dans la Berlinale, sans prendre le temps de s’occuper de son décalage horaire. À 20 h, elle participe à un dîner organisé par Christian Verbert de la SODEC, dans de magnifiques salons de la Délégation avec vue imprenable sur la porte de Brandebourg.

La jeune réalisatrice du Ring se retrouve en grande discussion avec Yves-Christian Fournier qui n’a que 34 ans. À côté de lui, Caroline Martel, le même âge, réalisatrice du Fantôme de l’opératrice (2004), invitée à Berlin dans la section Talent Campus, et qui prépare un film sur... les ondes Martenot. Par un effet du hasard, trois cinéastes de la toute nouvelle génération réunis par la Berlinale. Et sans complexes.

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