Martenot au fil du net...

Les ondes Martenot, OVNI musical octognaire et synthétiseur avant l’heure

Publié par Martenot

Voir en ligne :

http://www.tdg.ch/depeches/culture/...

Les ondes Martenot, OVNI musical octogénaire et synthétiseur avant l’heure

Quel est le point commun entre Olivier Messiaen, Radiohead et le film "Mars Attacks !" ? Les ondes Martenot, un instrument octogénaire aux sonorités étranges considéré comme l’ancêtre du synthétiseur et dont la Française Christine Ott est l’une des rares virtuoses. © AFP

Les ondes Martenot ont été inventées dans les années 1920 par Maurice Martenot (1898-1980), violoncelliste et opérateur en transmission radio pendant la guerre.

Cet instrument électronique, qui a l’apparence d’un orgue électrique entouré de plusieurs hauts-parleurs, est constitué d’un clavier devant lequel est placé un ruban, chacun correspondant aux deux techniques de jeu. Le premier permet notamment des sons de vibrato et le deuxième, dont l’ondiste joue en fixant une bague à son doigt, reproduit des sons glissés qui rappellent la scie musicale.

Des compositeurs de musique contemporaine comme Olivier Messiaen, Pierre Boulez, Arthur Honegger, André Jolivet ou Darius Milhaud ont écrit pour les ondes Martenot. Leurs sons étranges et poétiques, qu’on retrouve souvent dans des films de science fiction ("Mars Attacks !", "SOS Fantômes"...), ont également séduit des musiciens pop comme Radiohead, Yann Tiersen ou Gorillaz.

Christine Ott, 45 ans, est à cheval sur les deux univers : interprète classique réputée, elle a collaboré avec Radiohead et travaille régulièrement avec Yann Tiersen, qu’elle accompagne actuellement en tournée mondiale, ou les Têtes Raides.

Elle est l’une des rares ondistes professionnelles, corporation estimée à une dizaine d’instrumentistes seulement, aux côtés de Thomas Bloch ou Monique Pierrot. Dans son premier album solo, "Solitude nomade", sorti récemment, elle explore toutes les facettes de cet OVNI musical qui parle à l’imaginaire.

"Les ondes Martenot offrent des possibilités très larges : des sons aériens, impressionnistes, et d’autres bruitistes, industriels", explique-t-elle. "C’est un instrument d’espace et de sculpture sonore, on est presque dans la plastique, comme un peintre qui utiliserait des palettes de sons".

Malgré leur pouvoir de fascination, les ondes Martenot rencontrent aujourd’hui plusieurs obstacles à leur survie.

D’abord, la difficulté à se procurer un instrument. Il n’est quasiment plus fabriqué, même si un inventeur nommé Ambro Oliva a développé un dérivé concluant, l’Ondéa, en 2003.

"C’est un tout petit milieu, très compliqué, souligne Christine Ott. C’est dur de connaître le nombre d’instruments qui restent. Souvent il y en a dans des caves, qui sont en train de mourir".

Ondiste depuis 25 ans, après avoir pratiqué le piano, elle-même a "mis 15 ans à trouver (son) instrument".

Autre écueil, un répertoire qui se réduit : "J’ai cherché certaines partitions pendant trois ou quatre ans, c’est parfois très difficile à trouver, beaucoup de choses ne sont plus éditées".

"De plus, il y a un manque d’écriture car beaucoup de compositeurs pensent que l’instrument est tombé en désuétude et n’est plus fabriqué du tout. C’est une espèce de spirale difficile", déplore la musicienne, qui se consacre à la transmission de son savoir : elle enseigne dans la classe d’ondes Martenot du Conservatoire de Strasbourg, tout comme Thomas Bloch.

"Quand je suis arrivée il y a huit ou neuf ans, il n’y avait que deux élèves, aujourd’hui ils sont dix", se félicite-t-elle. "Ils ont un bagage, des médailles de percussions ou de piano. Ils nous ont entendus avec certains groupes sur scène et sont devenus passionnés par les ondes Martenot".