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Musiqualit.net - Pierre Lapointe la Boule Noire "Du rire, des larmes, du trop"

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Concert

Nos articles, reportages, reviews, etc. Mercredi 6 Décembre 06 Concert - Pierre Lapointe à la Boule Noire

Du rire, des larmes, du trop

par Aena Léo | le Mardi 05 décembre 2006 |

Il met du lyrique dans sa pop, électrise sa chanson, balance couplet et refrain aux oubliettes pour des textes puissants de poésie. Après avoir conquis le Québec, Pierre Lapointe, est sur la scène de la Boule Noire (Paris) jusqu’au 16 décembre.

Oubliez Boby. Retenez Pierre. Ce nom, il faudra vous habituez. Tout juste débarqué du Canada, Pierre Lapointe ne révolutionne pas la chanson. Il la réinvente. Il est la meilleure chose qui est arrivée au genre depuis... Peu importe. Mieux vaut éviter les comparaisons. On pourrait dire, bien sûr, qu’il y a chez lui du Brigitte Fontaine, avec qui il partage le goût des chansons bancales. C’est d’ailleurs en écoutant La symphonie pastorale de cette dernière, adolescent, qu’il connu l’un de ses plus beaux chocs musical. Symphonie qu’il interprète en clin d’oeil sur la scène de la Boule Noire. On pourrait dire, aussi, qu’il a le même don mélodique que Barbara, le même univers décallé que Björk. Ou encore, qu’il mélange les genres avec l’habileté d’un Beck. Oui, Pierre Lapointe, c’est un peu de tout ça. Mais tellement plus.

En artisan des sons, orfèvre des mélodies, il mêle pop, chanson, électro et classique. Sur son album comme sur scène, il est accompagné de guitare, contrebasse, accordéon, piano, et surtout de violon. Parce que les cordes impriment mieux les mélodies. A la « manipulation sonore », les musiciens qui l’accompagnent installent des ambiances électros, des bruits de jungles, comme lorsqu’à la campagne, on entend les rumeurs de la ville qui s’élèvent au loin. Ou que sur la ville, courent les fantômes de la nuit.

Parfois, une onde martenot imite la plainte tragicomique d’une scie musicale. Tragique, comique, comme le personnage qu’il joue sur scène, tantôt habité par ses morceaux, tantôt sûr de lui, pédant, jouant les dédaigneux avec un public qui court dans son jeu. Lapointe sur scène est l’opposé de Pierre à la ville, timide, calme et discret. Mais, dès que le concert commence, il enfile son costume, jette des sorts aux spectateurs, trop heureux de se laisser ensorcellés par son délicieux accent, ses manières de dandy poupin.

Ses textes baroques, eux, ne lâchent rien. Ils mêlent ironie du désespoir et hédonisme. Sombres, drôles, ils évoquent la mort, souvent, les souvenirs fugitifs de l’enfance, cet ailleurs mieux qu’ici, introuvable, douloureux. Pierre Lapointe, comme sa forêt, est un coeur cassé. Il en tire une force créatrice folle, une inspiration délirante, presque mystique. Peut-être parce que ses blessures font écho aux nôtres, on n’a pas tout à fait envie de l’expliquer.

Le Québec, lui, est conquis. De l’autre côté de l’Atlantique, chez nous, Pierre Lapointe réussira-t-il à s’imposer avec la même évidence ? Il a tout pour y arriver. Sans respecter pour autant les codes de la chanson hexagonale. Ni refrain, ni couplet, il respecte trop la variété pour choisir la facilité. « On peut être touché par l’émotion qui se dégage d’un morceau, même si on ne comprend les textes qu’en partie », raconte le québecois. Le même genre de choc, pur, puissant, il l’a ressenti enfant, devant les tableaux qu’il découvrait sur les livres d’art que sa mère laissait traîner. Passé par le théâtre, il conçoit sa musique à la façon des arts visuels. Faisant appelle à tous les sens. Dominé par l’instinctif, l’émotion au-dela des mots. Au sortir d’un de ses premiers concerts à la Boule Noire, un spectateur, manteau à la main, chemise en bataille a dit : « J’ai coulé des larmes de rire, ri des larmes, pleuré du trop ». C’est l’effet Lapointe. Pierre.

Pierre Lapointe à la Boule Noire, 120 Bd Rochechouart, 75018 Paris, 20h, 20 euros. Réservation : 01 49 25 81 75, M° Anvers/Pigalle.