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Le « Philar » fête Messiaen [07/04/2008]

Orchestre Philharmonique de Radio France

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chung messiaen 2008

[Paris] Le « Philar » fête Messiaen

Myung Wung Chung, un des principaux protagonistes de cette « année Messiaen » - il donnera notamment l’intégralité du Saint François d’Assise en version de concert à Pleyel le 31 Octobre - était à la tête de son orchestre pour ce coup d’envoi qui l’amenait à diriger pour la première fois Et expecto resurectionem mortuorum (« Et j’attends la résurrection des morts »), une œuvre pour percussion et vents commandée à Messiaen par André Malraux en 1964 afin d’honorer la mémoire des morts des deux guerres mondiales. « Je l’ai conçu pour être jouée dans une église en supposant la résonance, « l’aura » et même les rebondissements de sons que l’on peut obtenir dans un tel lieu ». Son rêve était de l’entendre au-dessus de la Grave, face aux glaciers de la Meje, une audace qui, on le sait, sera risquée, cet été, au Festival Messiaen de la Grave !

Si la salle Pleyel ne peut pourvoir à cette réverbération souhaitée - une « aura » qui doit toucher au sacré précisait Messiaen - l’œuvre en cinq mouvements, impressionnante dans son dépouillement grandiose et son extension dans les registres extrêmes, n’en communique pas moins le frisson, tels ces formidables coups de tam-tam qui embrase l’espace de résonance. Empreinte d’une certaine raideur dans le phrasé oiseau, la direction de Chung peine à trouver une cohérence dans la gestion du temps incluant de grands silences jusqu’à ce que l’immense choral de la dernière partie soude l’ensemble des vents dont la plénitude sonore s’intensifie alors d’un crescendo du plus bel effet.

Mieux adaptée à la salle de concert, L’Ascension, quatre méditations symphoniques pour orchestre est une œuvre du tout jeune Messiaen, à peine sorti du conservatoire, mais qui témoigne déjà d’une certaine maîtrise de style et d’une conception du temps très personnelle. De ces quatre mouvements renouvelant chaque fois le dispositif orchestral, ce sont les parties extrêmes qui impressionnent le plus. Abstraction faite des « bavures » à répétitions des trompettes au début de l’Hymne inaugural - l’écriture ne souffre ici aucune imperfection - l’ensemble des vents restitue la noblesse majestueuse de cette première méditation avec un bel équilibre sonore. Après les deux Alleluia de tempo plus rapide, l’œuvre culmine dans le dernier mouvement, une lente aspiration vers le ciel conduite par les seules cordes - sans les contrebasses - que Messiaen conçoit dans un temps très long et une extatique lumière. La qualité soyeuse des violons du Philharmonique préfigure la sonorité de l’onde Martenot. Pour prolonger cette dynamique ascensionnelle dans le silence, le Maître Chung, presque théâtral, terminera les bras levés !

Sorte de « Divertimento » raffiné et spirituel trouvant sa place entre les deux fresques orchestrales, la Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson en mi bémol majeur K 297b, est une œuvre de 1778 que Mozart écrit pour ses amis instrumentistes de Mannheim. Moins guindée que le Concerto, cette « symphonie à plusieurs solistes » dont les trois mouvements conservent la même tonalité de mi bémol engage un dialogue animé et plein de rebondissements entre les quatre solistes et l’orchestre. L’écoute est d’emblée happée par le rythme soutenu des interventions des quatre vents, véritable enchantement de couleurs offert ce soir par les super solistes de l’Orchestre Philharmonique. Le hautbois raffiné et lumineux d’Hélène de Villeneuve associé à la clarinette ondoyante et merveilleusement timbrée de Jérôme Voisin exposent les thèmes soutenus par le basson précis et sonore de Jean-François Duquesnoy et le cor naturel agile et velouté d’Antoine Dreyfus mis au défi par les traits redoutables de l’écriture mozartienne : Une interprétation qui ne démentira certainement pas le jugement avisé d’Olivier Messiaen rejoignant le génie mozartien dans sa passion du rythme et de la couleur.

Crédit photographique : © DR

par Michèle Tosi (07/04/2008)