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Musique classique - Messiaen : huit ans pour Saint Franois d’Assise

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Musique classique - Messiaen : huit ans pour Saint François d’Assise

Christophe Huss

Édition du vendredi 05 décembre 2008

Mots clés : OSM, Olivier Messiaen, Classique, Spectacle, Musique, Montréal

Le 10 décembre 2008, Olivier Messiaen aurait eu cent ans. Montréal est l’une des métropoles les plus actives dans la commémoration de ce centenaire. Car tout le monde ne peut se payer la présentation de Saint François d’Assise, monumental et complexe opéra de plus de quatre heures, requérant 120 musiciens, 150 choristes et sept solistes, que Kent Nagano dirigera ce soir et mardi à l’OSM.

La petite histoire veut qu’un fonctionnaire du ministère français de la Culture ait dit à sa femme, avant la création de Saint François d’Assise à l’Opéra de Paris, en 1983 : « Profites-en bien, chérie, parce qu’avec ce que ça nous a coûté, tu n’es pas prête de le revoir ! » Qu’elle soit vraie ou fausse, peu importe : certains membres du conseil d’administration de l’OSM ne le diront pas ce soir, mais n’en penseront assurément pas moins...

Par ailleurs, pour écluser le chapitre des polémiques, le Saint François d’Assise de l’OSM a mis en ébullition la communauté des ondistes (instrumentistes jouant des ondes Martenot) québécois. Montréal présente le bassin d’ondistes le plus important en Amérique du Nord, mais deux des trois instrumentistes de ce soir ont été appelés de France. L’ondiste Estelle Lemire, qui vient d’enregistrer avec cinq collègues Fête des belles eaux de Messiaen (CD Atma), craint le « dommage que cela pourrait causer à la réputation des ondistes locaux ». Quant aux percussionnistes surnuméraires, Kent Nagano les a fait venir d’Allemagne ! Un jour — c’est un autre débat —, on se demandera sereinement à quoi cela rime de former autant de musiciens dans la métropole si les meilleurs d’entre eux ne sont même pas jugés dignes de renforcer l’OSM... Mais, assurément, si, comme le regrette Estelle Lemire dans le cas des ondistes, ils n’ont même pas l’opportunité d’auditionner pour faire la preuve de leur talent, il y a sans doute un problème quelque part.

Acte de foi

Mais revenons à Messiaen, qui ne peut rien dans ces affaires montréalaises. C’est en 1975 que l’opéra de Paris lui commande un ouvrage lyrique. Messiaen choisit saint François, « le saint le plus proche du Christ » et écrit lui-même son livret, articulé en huit tableaux. Évidemment pour un compositeur ornithologue et très croyant, c’est Le Prêche aux oiseaux (6e Tableau) qu’il développe le plus, avec près de 45 minutes. Messiaen a mis quatre ans à composer Saint François et quatre autres années à l’orchestrer.

Occupant 2000 pages réparties en huit volumes, ces Scènes franciscaines en trois actes et huit tableaux, sont, de l’aveu de Messiaen, une synthèse de ses découvertes musicales, « et, ce qui est plus important encore, une tentative d’exprimer ma foi catholique ». Le compositeur a tout mis dans cette oeuvre : tous les oiseaux, toutes les couleurs, toutes les harmonies typiques de son écriture. Chaque personnage, par exemple, est associé à un chant d’oiseau.

Au-delà de Saint François

Après sa création à Paris, en 1983, sous la direction de Seiji Ozawa (et de son assistant Kent Nagano, pour la dernière des huit représentations), Saint François d’Assise a été présenté en 1985 (partiellement en concert) à Salzbourg, puis par Kent Nagano à la Radio hollandaise en 1986 et à Lyon en 1989, avant la reprise à Salzbourg en 1998, enregistrée par Deutsche Grammophon. La première nord-américaine a été donnée à San Francisco en 2002, et l’Opéra de Paris a repris l’ouvrage dans une nouvelle mise en scène en 2004. Il y a un peu plus d’un mois, Myung Whun Chung, autre disciple de Messiaen, en a dirigé une version concert à Paris. Saint François d’Assise, ouvrage statique, plus métaphysique que dramatique, ne pâtit assurément pas d’une exécution non scénographiée.

Après Saint François, le jour du centenaire, mercredi, des organistes se relayeront à Notre-Dame pour présenter l’intégrale de l’oeuvre d’orgue, alors que, le soir, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, Louise Bessette jouera les Vingt regards sur l’enfant-Jésus.

Et si vous désirez vous immerger totalement dans l’oeuvre du compositeur, sachez que Deutsche Grammophon publie en un coffret de 32 CD l’intégrale de ses compositions. On y trouve évidemment l’enregistrement Nagano du Saint François d’Assise, et on notera que les 32 CD coûtent exactement le double du coffret de 4 CD de l’opéra. C’est donc une aubaine dans son genre...

  • En concert

Saint François d’Assise à l’OSM.

Ce vendredi 5 décembre et le mardi 9 décembre, à 18h. Vingt Regards sur l’enfant-Jésus par Louise Bessette.

Mercredi 10 décembre, à 20h.

  • Disques Intégrale Messiaen. 32 CD. Deutsche Grammophon.