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Nouveaux timbres

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A la recherche de nouveaux timbres

Debussy travaille le son d’une manière jusqu’alors inconnue. Il ne fait plus sonner le piano comme un piano, mais essaye de dépasser le timbre de l’instrument pour évoquer, grâce à une palette très riche, des sonorités proches de la nature, par exemple. Nous venons d’ailleurs de l’entendre dans l’extrait précédent, Brouillard.

Debussy est très à l’affût des nouveautés. Cette ère de l’industrialisation ne le laissait pas indifférent.

Et l’électricité !

Toujours en 1877, Thomas Edison (1847-1931) invente le phonographe.

Pourtant ce sont les futuristes italiens, Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944) et Luigi Russolo (1885-1947), qui seront à même de provoquer la rupture nécessaire pour aboutir à une musique résolument moderne.

Le 11 mars 1913, Russolo publie un manifeste intitulé L’art des bruits. En voilà un extrait :

"Le son musical est trop restreint, quant à la variété et à la qualité de ses timbres. On peut réduire les orchestres les plus compliqués à quatre ou cinq catégories d’instruments différents quant au timbre du son : instruments à cordes frottées, à cordes pincées, à vent en métal, à vent en bois, instruments de percussion. La musique piétine dans ce petit cercle en s’efforçant vainement de créer une nouvelle variété de timbres. Il faut rompre à tout prix ce cercle restreint de sons purs et conquérir la variété infinie des sons-bruits".

L’objectif de Russolo semble clair : rompre avec le passé symbolisé par le Classicisme et le Romantisme !

En juin 1921, son frère Antonio Russolo donne trois "concerts de bruits" au théâtre des Champs-Elysées à Paris.

Antonio Russolo utilise des instruments créés par Luigi Russolo et le peintre Ugo Patti.

Ces instruments, ce sont les "Intonarumori".

En traduction française, des bruiteurs.

On y trouve des hululeurs, des froufrouteurs, des bourdonneurs, des éclateurs, des glouglouteurs, des sibileurs, des coasseurs, des crépiteurs, des grondeurs, etc, tous inclus à l’intérieur d’un orchestre.

Ce sera bien sûr dans la sonorisation de films que Russolo s’épanouira totalement.

Non, l’avenir de la musique ne passera pas par Russolo, mais plutôt par Edgar Varèse.

Edgar Varèse est un compositeur français qui a vécu aux Etats Unis. Il est né en 1883 et mort en 1965.

Si Varèse est un précurseur dans le domaine du timbre, c’est parce qu’il pense le son avant la note.

Il le dit lui-même :

« La musique est faite de sons et non de notes ».

Lisons ce que Messiaen disait de lui :

« C’est au fond lui qui, il y a un très grand nombre d’années, a prévu les musiques concrètes et les musiques électroniques, et cela non seulement par des orchestrations extraordinaires, et une façon distendue de traiter les instruments, mais aussi par des choses qui étaient absolument impensables à l’époque où il les a pensées, c’est à dire, par exemple, des sons passés à l’envers, comme on en trouve dans Intégrales, où les trombones font des attaques piano suivies d’un sforzando, qui sont évidemment des sons rétrogradés. Cette espèce de question donnée aux sons, cette espèce d’introduction du domaine de la microphysique en musique, c’était la préparation évidente de l’électronisme, mais à l’époque personne ne l’a compris, que Varèse seul. »

Varèse veut montrer la richesse et la variété extraordinaires de timbres qu’il est possible d’obtenir.

Ionisation est la première œuvre occidentale pour percussion seule.

Ou encore George Antheil (1900-1959), cet Américain exilé à Paris, quand, le 19 juin 1926 il fait sensation avec son ballet mécanique la musique du film de Fernand Léger, joué sur scène par 8 pianos, 8 xylophones, un pianola, 2 sonnettes électriques et une hélice d’avion.

Mais dans les deux cas, les objets illustrent ou imitent un événement. Ils ne sont pas intégrés dans l’orchestre comme instruments à part entière, au contraire de Varèse.

Les nouveaux timbres, on les trouve également chez John Cage, grâce à son piano préparé.

La préparation d’un piano consiste à introduire entre les cordes de celui-ci divers objets en caoutchouc, bois, métal, etc. afin de modifier les attaques et les résonances naturelles de l’instrument.

Ainsi naquit en 1938 Bacchanale, où « le piano était devenu un orchestre à percussion contrôlable par un seul exécutant ».

L e jeune moscovite Léon Thérémin (1896-1993) invente un tout nouvel instrument : le Thereminvox, ou Antenne Chantante.

Il s’agit d’un appareil électrique constitué d’une sorte de petit meuble sur lequel se dresse une antenne verticale, et duquel sort une antenne horizontale. En approchant les mains des antennes, on perturbe le champ magnétique, ce qui change la hauteur du son.

Le Theremin est employé dans la conception de bandes sons et d’effets sonores dans la plupart des films de science-fiction et des thrillers psychologiques des années 40 et 50 .

Le 3 mai 1928, l’ingénieur Maurice Martenot (1898-1980) présente ses Ondes Musicales aujourd’hui appelées : Ondes Martenot à l’opéra de Paris.

Les ondes Martenot ont intégré les orchestres après la guerre.

La hauteur des notes est réglée à des valeurs fixes correspondant aux notes de la gamme. Le joueur appelé ondiste, utilise un clavier de six octaves et un ruban attaché à un anneau que l’on enfile à l’index de la main droite. En tirant sur le ruban, il obtient un glissando continu.

Il règle la nuance de chaque note avec la main gauche en appuyant sur une touche particulière. Le son est alors détaché, voire staccato.

Il est également possible de changer le timbre grâce à des filtres.

On peut passer d’un timbre naziard à un timbre très doux.

Le son est diffusé par un haut-parleur principal.

Cet instrument monophonique est beaucoup usité dans les années 50, dans des publicités télévisées ou radiophoniques, mais également par des compositeurs tels que Arthur Honneger, Pierre Boulez, Darius Milhaud, André Jolivet et surtout Olivier Messiaen qui est l’un des rares compositeurs à avoir écrit spécifiquement pour cet instrument : "Oraison", "Fête des belles eaux" pour six Ondes Martenot, et "Turangalîla-Symphonie"(1946-48).

Les interprètes les plus célèbres sont Ginette Martenot (la sœur de Maurice Martenot) et surtout Jeanne Loriod.