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RFI Musique - Chanson - Julien Dor sort de l’écran

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RFI Musique - Chanson - Julien Doré sort de l’écran

C’est peu dire qu’on l’attendait au tournant. Lui-même croyait apercevoir "les fusils à lunette" embusqués çà et là. Ersatz vient de sortir et l’accueil est rassurant pour Julien Doré : les radios accueillent ses chansons, la presse est favorablement surprise par son disque. Il est vrai que son répertoire de reprises à la Nouvelle Star laissait imaginer bien des sucreries (Comme d’habitude de Claude François, Moi Lolita d’Alizée, Mourir sur scène de Dalida, Les Mots bleus de Christophe...) malgré quelques audaces bien venues (Smells Like Teen Spirit dans la version swing de Paul Anka, You Really Got Me des Kinks, Creep de Radiohead...). L’album est à mi-chemin, et même mieux qu’à mi-chemin, puisque en musique le tout est toujours plus que l’addition des parties : Julien Doré se révèle artiste pop à l’univers touffu, à la fois sensuel et romanesque, souriant et aigu, rigoureux et fantasque.

Son album ne contient donc qu’une seule reprise, SS in Uruguay de Serge Gainsbourg (un choix loin d’être sagement consensuel), les treize autres titres étant des compositions originales. Cela tranche avec les habitudes des premiers albums nés de la téléréalité : "Je n’aurais pas supporté qu’on me donne un texte à chanter. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas pour ça que je fais de la musique." Il a donc écrit seul ou en collaboration le tiers de son disque, avec même une chanson en anglais, Pudding Morphina, "le premier titre que j’ai écrit, il y a sept ans."

Les limites

Le charme évident du premier single, Les Limites, fait beaucoup pour la rapidité d’acclimatation de l’album dans le paysage musical du moment : "Une chanson très sixties, très Dylan, très up. Le clip, que j’ai voulu un peu comme un Scopitone, la porte dans un univers un peu cirque." La chanson fait un peu penser au jeune Jacques Dutronc, qui faisait gigoter dans les bals populaires sur les textes virtuoses de Jacques Lanzmann. Mais Les Limites convoque aussi tout un bric-à-brac de percussions, de chœurs un peu flower power, de sonorités un peu sales échappées de 45 tours à peine avouables. Julien Doré assume en se trouvant des parentés un peu provocatrices : "Dans le dernier Sébastien Tellier, par exemple, il y a aussi toute une pop cul-cul qui fait parfois mal aux oreilles mais qui est juste parce qu’à un moment donné, la voix et les mots font mouche. On peut déconner avec le mauvais, récupérer des sons de vieux claviers ou des sons de chœurs un peu cheap qui, récupérés, font à l’écoute quelque chose d’affectif."

Comme Camille, Christophe Willem ou les Dionysos, il appartient à cette génération d’artistes qui sont diplômés de l’enseignement supérieur, loin des modèles anciens de jeunes gens en rupture de ban, conquérant leur liberté artistique par des années de bohème et de galère. Devenir artiste ? Arrière-arrière-petit neveu du légendaire graveur et illustrateur Gustave Doré, il l’envisage sereinement dès l’adolescence. Il pense devenir comédien quand il entre à l’école des beaux-arts. "C’était déjà m’isoler des parents et d’une certain forme d’éducation. J’ai vraiment commencé à me nourrir de musique et de cinéma en entrant aux beaux-arts à dix-neuf ans. Pendant ces cinq ans d’études après lesquels j’ai eu mon diplôme, j’avais déjà un pied dans ce que je fais aujourd’hui. Il n’y a pas eu de rupture."

La barrette dans les cheveux

Simplement, l’émission Nouvelle Star fait de lui un personnage médiatique. Après le pull Célio de Christophe Willem, la barrette qu’il porte dans ses cheveux blonds devient un symbole, un objet de polémique, une marque de fabrique... qui se révèle finalement n’avoir aucun sens, tant son album dépasse ses prestations télévisées.

Ses deux groupes, Dig Up Elvis et Jean d’Ormesson Disco Suicide, ont peut-être cessé de vivre avec cet album : on y entend ses vieux copains, mais il a fait aussi appel à beaucoup de musiciens d’exception, comme Vincent Segal au violoncelle, Philippe Almosnino et Arman Méliès aux guitares, Christine Ott aux ondes Martenot, Fred Pallem aux arrangements de cuivres - "J’étais bien entouré et c’était agréable. J’avais envie de me nourrir, de rencontrer. Si on ne le fait pas à ce moment-là c’est dramatique." Et il a collaboré avec Arno (le duo sur De mots qui clôt le disque), Christophe (synthé et chœurs sur Bouche pute et Pudding Morphina), Morgane Imbeaud de Cocoon, BabX... "Arno fait partie de mon univers depuis des années. Quand Guillaume de Molina m’a apporté une composition en me disant : ’ ça sonne Arno’, je lui ai dit : ’justement, j’ai dîné avec lui et j’aimerais bien lui proposer un truc’. Arno et Christophe, c’est au départ des rencontres, des discussions, puis des propositions. Ce n’est pas parce qu’on les imagine dans une bulle, dans un univers protégé, qu’ils ne peuvent pas faire partie de notre vie."

Ecoutez un extrait de Les limitesJulien Doré Ersatz (Sony-Bmg) 2008

Bertrand Dicale