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RFI Musique - Musiques de film - Maurice Jarre est mort

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RFI Musique - Musiques de film -

Maurice Jarre est mort

Le cinéma dit au revoir au compositeur de Lawrence d’Arabie

30/03/2009 - Il était le compositeur le plus récompensé par les Oscars avec trois statuettes, pour Lawrence d’Arabie, Docteur Jivago et La Route des Indes ; Maurice Jarre a signé plus de 150 musiques de films pour les plus grands réalisateurs : John Frankenheimer, Alfred Hitchcock, John Huston ou Luchino Visconti. Il est décédé à Los Angeles des suites d’un cancer à l’âge de 84 ans dans la nuit du samedi 28 mars.

Maurice Jarre est né à Lyon le 13 septembre 1924, au temps où le cinéma était muet, où les comédies théâtrales pouvaient aussi être musicales. Le compositeur et chef d’orchestre s’est spécialisé dans la composition de bandes originales de grandes fresques américaines après avoir travaillé avec quelques-uns des plus grands réalisateurs français.

Il voulait être ingénieur, il sera compositeur. Après avoir eu un coup de foudre pour la Rhapsodie Hongroise n°2 de Franz Liszt, il intègre le Conservatoire national supérieur de Paris pour apprendre la composition.

Ses rencontres avec les meilleurs plumes françaises et les meilleurs acteurs vont le faire basculer vers le cinéma. Il rencontre et travaille avec Georges Franju puis Alain Resnais, Jacques Demy ou Jean-Paul Rappeneau. Franju, pour lequel il écrit notamment la musique de son long métrage La Tête contre les murs (1959), l’encourage à sortir des sentiers battus de la BO. Maurice Jarre créera une partition où les sons sont dissonants, où le rythme est instable, en s’imprégnant de l’atmosphère d’un asile amiénois.

Accordéon, cithare et Ondes Martenot nourrissent les différents travaux de Maurice Jarre pour des réalisateurs comme Jean-Pierre Mocky ou Frédéric Rossif. Il se distingue aussi dans sa façon d’envisager la composition de films documentaires comme dans ce film d’alpinisme de Marcel Ichac Les Etoiles de Midi (1959) où il préfère les sons rêches et épurés aux symphonies boursouflées qui caractérisent les films hollywoodiens des BO des années 50.

Lawrence d’Arabie

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En 1962, le producteur Sam Spiegel qui avait vu les Dimanches de la Ville d’Avray de Serge Bourguignon (où Maurice Jarre utilisa le son d’un doigt mouillé sur un verre d’eau pour enrichir la musique du film) a pensé que David Lean pourrait demander au jeune Maurice Jarre de composer la musique de Lawrence d’Arabie. Le compositeur français - plus connu au théâtre qu’au cinéma car quelques années plus tôt il composa pour le Théâtre national populaire de Jean Vilar à Lyon 70 musiques de scènes - s’est étonné d’avoir tout à coup pour les besoins de la superproduction, deux heures de musique à écrire, sur quatre heures de film, à composer en l’espace de six semaines. Un défi à réaliser en compagnie du London Symphonic Orchestra.

Plus tard, toujours fidèle à David Lean, les sessions d’enregistrement de la bande son de Docteur Jivago (deuxième Oscar en 1965) seront marquées par le célèbre Thème de Lara et par ces moments de prise de sons en studio où les musiciens perdirent leur concentration en raison d’une visite surprise de Sophia Loren, accompagnée de Carlo Ponti, le producteur du film. Autre chef d’œuvre de la collaboration avec David Lean, La Fille de Ryan. Jamais une telle complémentarité n’aura été aussi forte entre un compositeur et le réalisateur. En 84, le duo récidive avec La route des Indes (troisième Oscar pour Maurice Jarre).

Percussions

La devise du compositeur a toujours été d’être complémentaire au réalisateur, comme si la musique devait dire quelque chose que l’image ne dit pas. Elle ne doit pas être utilisée comme une simple illustration. Jarre a découvert les musiques "ethniques" lors de ses années de Conservatoire. D’où son attirance pour les percussions, capables selon lui de transcender la musique. Avant de commencer à travailler auprès des réalisateurs, sa soif de découvrir des univers sonores nouveaux l’amèneront à participer au "Club d’essai" de Pierre Schaeffer et à enregistrer pour la radio aux côtés de Pierre Boulez.

Dans le film El Condor en 1970, l’utilisation des percussions prenant le dessus sur le travail de l’orchestre est un exemple de cette passion pour les sons tribaux. Son travail, tout au long de sa vie de compositeur, est marqué par l’envie de tenter des associations inédites d’instruments, d’expérimenter en utilisant des trompettes stéréophoniques, en composant des chansons populaires et autres musiques d’atmosphère.

Considéré comme un spécialiste des films de guerre, depuis son travail remarquable sur Le Jour le plus long, il n’aura de cesse de tenter des aventures musicales dans d’autres styles de films. L’arrivée des synthétiseurs ne lui permettront pas toujours d’imiter ses grands succès. Notons le mélange réussi des synthés avec la flûte roumaine dans Witness (1985) de l’Australien Peter Weir, et les dispensables vagues électro semblables à celles de son fils Jean-Michel sur la BO de Sens unique. Quelques réussites ponctueront la dernière partie de sa carrière, Gorilles dans la brume (1988), Le Cercle des poètes disparus (1989) ou encore Agaguk (1992) où le compositeur mélange musique et voix pour l’une des seules fois de sa carrière. Maurice Jarre a aussi œuvré en tant que chef d’orchestre au sein des Philharmoniques de Londres, de Los Angeles et du Japon. Entre autres compositions notables, il est l’auteur de la musique du ballet Notre-Dame-de-Paris ou de l’opéra-ballet Armida.

Lors du dernier festival de cinéma de Berlin en février 2009, il avait reçu un Ours d’Or pour l’ensemble de sa carrière. C’était sa dernière apparition publique en Europe.

Le compositeur avait trois enfants : le compositeur de musique électronique Jean-Michel Jarre, la décoratrice Stéphanie Jarre et le scénariste Kevin Jarre.

David Glaser