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Mozart ou la légèreté du rituel

25 Avril 2008 à 20H00

Messiaen M Mozart - le monde de la symphonie I - A la carte

Salle Pleyel /Paris

Un troisième concert pour Olivier Messiaen

Messiaen aime toujours Mozart. Pour leur troisième concert consacré au compositeur français né en 1908, Myung-Whun Chung et les musiciens de l’Orchestre Philharmonique ont décidé de confronter les Petites Liturgies du premier à la Quarantième Symphonie du second. Ce sera le 25 avril, Salle Pleyel, et la Maîtrise de Radio France sera aussi de la partie.

Messiaen : Trois Petites Liturgies de la Présence Divine

Composées durant l’hiver 1943-1944, les Petites Liturgies ont été créées le 21 avril 1945 à Paris, salle de l’Ancien Conservatoire par Yvonne Loriod (piano), Ginette Martenot (ondes Martenot), l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire et la Chorale Yvonne Gouverné, sous la direction de Roger Désormière.

Messiaen parle de « transporter une sorte d’office, une sorte de louange organisée au concert ». La nouveauté de sa démarche ainsi que l’originalité de son écriture dans le domaine de la musique religieuse trop souvent teintée d’académisme frappent (voire choquent) les esprits de l’époque. Le poème, de Messiaen lui-même, s’inspire de la Bible, de saint Thomas d’Aquin et de l’Imitation de Jésus-Christ. Ses mots saisissants et colorés exposent successivement trois modes de présence de Dieu : en nous, en Lui-même, en toutes choses, d’où l’importance du chiffre trois à différents niveaux de composition. Les titres s’inspirent des termes du plain-chant. Un chœur féminin à l’unisson assure la parfaite intelligibilité du texte.

Selon le compositeur, il s’agit d’« une musique de couleurs. Les modes que j’utilise sont des couleurs harmoniques. (...) Il y faut ajouter mes recherches rythmiques : rythmes non rétrogradables, canons rythmiques, emploi des decî-tâlas de l’Inde antique - et aussi l’emploi percutant du piano, du vibraphone et du célesta (qui évoque le gamelan de Bali et de Java) : les rythmes et les timbres choisis accentuent encore les couleurs et leurs mouvements. »

Colorée, l’œuvre l’est par son effectif musical qui se prive pourtant des instruments à vent. Trois groupes se distinguent : le chœur ; les cordes ; enfin les claviers et les percussions en deux sous-groupes (à hauteur déterminée avec le piano, le célesta et le vibraphone ; à hauteur non déterminée avec les maracas, la cymbale chinoise et le tam-tam), les ondes Martenot s’ajoutant à part.

Mozart : Symphonie n° 40

Que d’encre n’a-t-on pas fait couler à propos des trois dernières symphonies de Mozart ! Composées durant l’été 1788, elles ont fasciné, tant par leur maîtrise artistique que par les interrogations qu’elles soulèvent. En effet, les circonstances de leur composition sont inconnues ; aucun document ne prouve clairement qu’elles aient été jouées du vivant du compositeur, et leur édition s’est faite à titre posthume.

Pourtant, les modifications orchestrales de la Symphonie K 550 ainsi que les tournées en Allemagne en 1789 et 1790 durant lesquelles des symphonies (sans précision de numéros) furent jouées laissent supposer une utilisation au concert. De plus, le mystère demeure à propos d’un « programme » qui sous-tendrait cette hypothétique trilogie, dont la progression tonale est tout de même frappante : mi bémol majeur, sol mineur, do majeur. S’agit-il d’un clin d’œil au programme tonal des trois symphonies parisiennes de Haydn (numéros 82, 83, 84) ?

Autant l’ultime symphonie impose son caractère solaire, autant l’avant-dernière (K 550) est tourmentée et éloignée de tout effet tapageur par l’absence de trompettes et de timbales. La tonalité dramatique de sol mineur est peu fréquente pour une symphonie. Seuls Haydn (n° 39), Johann Christian Bach (op. 6 n° 6) et Mozart lui-même (n° 25 K 183) s’y étaient risqués dans la décennie 1770 marquée par le Sturm und Drang.

À brûle-pourpoint, Mozart saisit son auditeur par un « appel » haletant des violons sur un demi-ton répété. Une seule mesure aux altos divisés a suffi pour planter le décor. Le deuxième thème ne parvient pas à apaiser l’atmosphère. Qui plus est, c’est le premier thème qui servira de matrice au développement complexe, dramatisé encore par des tonalités éloignées et tendues, des passages chromatiques et une écriture contrapuntique serrée. L’Andante desserre à peine l’étau avec les nombreux retards harmoniques de son premier thème. Dans un climat d’attente, les notes groupées obsessionnellement par deux dans le deuxième thème ressemblent un peu aux coups d’ailes d’un oiseau. L’atmosphère s’alourdit à nouveau par des chromatismes et la tonalité funèbre de do mineur. Bien éloigné d’une danse légère, le menuet se déroule plutôt dans une certaine pesanteur que seules les courbes gracieuses du trio parviennent à attendrir, dans la joyeuse tonalité homonyme de sol majeur. Cette symphonie se démarque par la tension dramatique qui l’habite jusque dans son dernier mouvement. Même celui-ci est traversé par une accumulation d’harmonies tendues (septièmes diminuées) et de tonalités très chargées. Lancé par un vigoureux arpège ascendant qui irrigue tout, l’Allegro assai déploie sa fougue d’un bout à l’autre, grâce notamment à l’étourdissant contrepoint qui culmine dans le fugato peu avant la fin.

Christine Jean

Ce concert sera diffusé ultérieurement sur France Musique.

La Maîtrise et l’Orchestre Philharmonique de Radio France enregistreront bientôt les Petites Liturgies pour DG.