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Truelove’s Gutter - Le fil musique - Télérama.fr

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Le titre a l’air de jeter l’amour sincère à l’égout mais il honore une fois de plus Sheffield - murs de brique moins noir-cis de fumée désormais, pubs increvables où marinent chômeurs et crooners que le temps oublie. Depuis Lowedges, Richard Hawley met ses albums à l’enseigne d’un coin de sa ville. Chacun pourtant ouvre et déplie la carte inconnue d’un voyage, au long de fleuves immémoriaux, de voies sans autre issue que la nuit. Dans leurs chansons jusqu’ici clignotaient les néons, les sentiments grands et petits. Truelove’s Gutter commence à l’aube (As the dawn breaks) et nous laisse à la berceuse consolante de Don’t you cry. Il est cependant noyé d’ombre. On y entre à tâtons pour trouver des formes familières, mélodies travaillées jusqu’à l’épure et remises en perspective.

Hawley, jusqu’à présent, s’y entendait à donner le vertige par touches inattendues. Il fait ici un assemblage presque sans coutures de chants arrachés aux ténèbres. La durée s’y fait moins sentir que les ruptures et les reliefs. Des sons ­bizarres les hantent, plainte sourde, écho liquide (ondes Martenot, cristal Baschet, waterphone...). Les guitares sont fidèles et les cordes vont si bien à la voix de velours bleu. Un lent crescendo mène à la charnière de Remorse Code. Après, l’éblouissement gagne : Soldier on, soudain fracassé en deux, décolle.

Avare de grandes phrases, Richard Hawley semble être allé puiser profond ces mots qu’il rend si proches et lyriques : For your lover give some time, ballade où le plus douteux repentir (« maybe I’ll drink a little less »...) devient le plus doux murmure, finit par un lent grésil de notes lunaires. On ne sait plus dire alors si son effet vient du fond des âges ou du nouveau Richard Hawley - son album le plus fier, le plus beau de l’année dans un genre où très peu s’aventurent. . François Gorin Télérama n° 3117