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extrait d’un interview de Maurice Martenot par Jacques Chancel

Dernière mise à jour : 27/01/2010

Extrait d’interview : Maurice Martenot du 29/12/1977 par Jacques Chancel (R.T.F.)

La première partie de l’interview est consacrée aux ondes Martenot. Je me suis intéressée à la deuxième partie : Maurice Martenot parle de la musique, de l’enseignement musical, de lui-même, de la vie...

.. ..

(...)

« Maurice Martenot, vous avez quatre vingt ans, et semblez être dans une forme exceptionnelle.

-Je n’ai pas à me plaindre.

- Parce que vous l’avez souhaité, vous l’avez voulu- vous avez voulu être ce que vous êtes ?

- Non, absolument pas. Les circonstances m’ont amenées à trouver un certain équilibre qui me permet de vivre avec une grande joie, avec une certaine harmonie intérieure.

- C’est-à-dire, vous avez d’abord appris à vous connaître.

- Absolument. Je ne crois pas qu’il y’ait de progrès possibles sans cela.

- Tout à l’heure, vous me parliez de votre jeunesse et je crois que cela a du avoir de l’importance...

Vos sœurs vous ont accompagnées dés le départ ? Je pense à l’une d’entre elle, qui doit avoir près de 90 ans...

- Oui oui, nous avons fêté son anniversaire tout récemment. J’ai été la surprendre pas plus tard qu’hier, et elle donnait une leçon... C’est sa joie, c’est sa vie... Je tiens à dire combien mon enfance a été heureuse, auprès de mes deux sœurs, d’un père plein de bonté et d’une mère très fine, sensible...

Ma sœur, Madeleine, a été pour moi une mère sur le plan artistique, musical. Je dois dire que très jeune, elle avait quitté les sentiers traditionnels, et travaillait avec un professeur qui enseignait à l’institut national des jeunes aveugles, et qui, déjà, favorisait chez l’élève, la transposition, à l’instrument et vocalement, mais surtout à l’instrument. J’ai été élevé avec ce mode de travail et je sais maintenant pourquoi cela nous a rendu d’immenses services, et c’est pourquoi je préconise ce dernier dans notre méthode d’éducation musicale.

- Mais, vos parents vous entraînaient à aimer, à travailler la musique ?

- Ils n’étaient pas musiciens, ils étaient mélomanes, mais sans plus.

- C’est déjà beaucoup !

- Oui !

- C’est un début important...

- Oui, c’est très important, ils ont beaucoup facilité notre travail dans ce sens.

- Lorsque que vous vous amusez à faire le compte, à faire le point, est ce que vous pouvez répondre à la question : à quoi ai-je servi, à quoi ai-je consacré ma vie ?

- Je vous dirais que... C’est l’un de mes défauts, mais je retourne très rarement en arrière.

- Vous êtes déjà à demain.

- Oui, et je m’efforce maintenant, d’être à l’instant présent. Et cela, c’est une valeur tout à fait inestimable. C’est un peu difficile à saisir quand on en parle comme cela...

- Vous êtes arrivé à définir ce qu’est l’essentiel ?

- Je crois pouvoir le définir, oui. L’essentiel, c’est de laisser faire. Laisser faire à ce qui est capable de nous diriger beaucoup mieux que nous pouvons nous nous diriger nous-mêmes.

- Oui, mais c’est lorsque l’on a votre sérénité, que l’on est arrivé à ce point de réflexion, que l’on peut faire ce que vous souhaitez. Car autrement, la vie vous prend, et ne vous laisse pas faire.

- Vous savez, il faut à un certain moment donné, se rendre compte, que nous sommes des serviteurs. Et voilà, on est disponible. Il faut être disponible. Et si nous nous sommes disponibles, alors les choses se passent, mais, miraculeusement, je dirais. C’est quelque chose d’extraordinaire, quand on y croit, bien sûr, que les choses se passent ainsi, à travers vous.

Il faut réussir à éliminer tout ce qui s’oppose à ce cheminement de ce que Durkheim appelle l’être essentiel, en opposition à l’être existentiel. Et c’est alors qu’on fait des découvertes.

- Je n’ai pas très bien compris quelles relations vous aviez avec l’instrument, ou avec la musique ?

- Quelles relations ? Sur quel plan vous placez vous ?

- Je veux dire, comment travaillez-vous la musique, comment travaillez-vous la créativité, avec quelle méthode ?

- Oh, je dois dire que cette créativité spontanée m’a été donnée, comme tout le reste. Je dis parfois que j’ai « le microbe de l’invention » et c’est difficile de s’en défaire...

- Cela ne s’apprend pas, c’est un don ?

- Oui, je crois. Partant de là, toutes sortes de choses arrivent, et c’est ainsi que sur le plan musical il m’a été donné de créer, et quand je dis il je parle toujours au pluriel, parce que tout le travail qui a été fait dans ce sens, a été un travail d’équipe, équipe constituée de quatre personnes, autrement dit ma femme, mes deux sœurs et moi-même.

- C’est une entreprise familiale ?

- Entreprise, oui, si l’on veut.

- Alors vous avez établi des principes d’éducation musicale, mais quel est l’essentiel de cette éducation ? Puisqu’elle est enseignée.

- Oui... Ah, vous voudriez en deux mots que je vous décrive toutes ces choses. L’essentiel, c’est, en deux mots, ce que Schweitzer appelle le respect de la vie. Et le respect de la vie, dans l’éducation musicale, comme dans l’éducation générale, c’est de permettre à l’enfant, puisque l’éducation musicale commence au niveau de l’enfant, de lui apporter la nourriture du psychisme. C’est une chose dont nous n’avons pas encore suffisamment conscience. La première des nourritures, avant même le premier cri, c’est l’air, bien entendu. C’est cette nourriture qui nous sera essentielle jusqu’au dernier souffle. Puis, le sein maternel, nourriture avec les aliments, nourriture de l’intellect’, et nourriture, ensuite, du psychisme. Je veux dire par là que toutes les impressions, que nous recevons, aussi bien des choses que des êtres ; ces impressions nourrissent notre psychisme.

Et l’enfant est précisément doué d’une faculté de réception exceptionnelle, qui peut l’aider à nourrir son psychisme.

Il m’arrive de dire qu’il est bien dommage que parmi les éléments de sélectivité des professeurs, de tous ceux qui doivent aborder l’enfant, on ne mette pas en premier lieu, « la joie ». La personne qui est née triste ne devrait jamais débuter une carrière d’enseignant, car les enfants abhorrent la tristesse, et cherchent au contraire celui qui rigole. Ce rayonnement que la science contemporaine nous fait découvrir, d’une façon formelle, à travers tout, aussi bien les minéraux, les végétaux, et à fortiori, les êtres vivants ; ce rayonnement, nous l’avons, nous le possédons, et c’est cela qu’attend l’enfant.

Or, vous allez dire, mais enfin, quel rapport avec l’enseignement musical ? Eh bien, il se passe ceci : il existe un très grave malentendu : on croit enseigner la musique, mais les notes, ce n’est pas de la musique. Qu’elles soient parlées, dessinées, tout cela c’est le côté extérieur, matériel, de la musique. La musique c’est le son. Mais le son n’est pas forcément musique. Ce son doit être animé par un afflux vital. Et cet afflux vital va passer d’un être à un autre à travers l’élément sonore et apporter cette nourriture du psychisme.

- J’ai cru comprendre que vous seriez tenté d’obliger l’enseignant au bonheur. Je pense que c’est une méthode tout à fait particulière. Vous les obligez à la joie. C’est une nécessité d’après ce que vous venez de dire ?

  • Je dois dire que c’est comme le comédien qui entre sur scène, qui même si il a perdu un être qui lui est cher quelques heures auparavant, doit prendre sur lui-même, pour jouer le rôle qui pourrait être tout à fait à l’opposé de son état intérieur. Eh bien, celui qui enseigne à des enfants, s’il a à supporter des épreuves douloureuses, doit savoir comment écarter sa tristesse, lorsqu’il est en train d’enseigner. Car il devrait reconnaître que les enfants ne peuvent pas souffrir quelqu’un qui est triste.

- Dans le fond, Maurice Martenot, vous n’avez pas tellement changé depuis le commencement de cette vie qui est la vôtre ? Vous avez inventé les ondes Martenot, vous m’avez dit tout à l’heure que c’était des vibrations, ensuite vous êtes allé du côté de la danse pour connaître votre corps et pour vous obliger à savoir le faire fonctionner, ensuite vous allez du côté des enfants, et ce que vous faites, c’est encore une vibration entre l’homme et l’enfant, de la même manière que vous êtes allés vous confronter aux problèmes de l’éducation populaire pour bien connaître les masses ?

- Mais voulez vous dire, cher monsieur, ce qui n’est pas vibration ?

- Tout est vibration.

- Absolument.

- Donc vous êtes dans votre propre continuité.

- Sans doute. C’est aussi pour cela que je me trouve bien.

- Oui mais c’est aussi une manière de se bien connaître. On ne peut pas bien s’intéresser aux autres si l’on ne se connaît pas bien soi-même.

- On ne peut pas être suffisamment disponible aux autres si on ne se connaît pas soi-même.

Je suis né solitaire. Et j’aime la solitude. Je recherche la solitude. On peut se dire : mais enfin pourquoi vous êtes vous mariés ? Pourquoi... Oui, je me suis marié, j’ai eu cinq enfants, et je dois dire que je me fais le reproche de n’avoir pas toujours su vaincre ce désir d’indépendance, de solitude.

- Mais vous dites quelque part, et vous rappelez la phrase de Saint-Exupéry : « le silence, est la plus belle des qualités ». Je crois que c’est à peu près la phrase...

- Oui, c’est à travers le silence que l’on se retrouve...

- Mais c’est aussi égoïste, puisque vous dites « j’ai besoin de solitude, j’ai besoin de silence » ? On fini par être seul avec soi-même, et par négliger un peu les autres ?

- Oui, mais si l’on arrive, en passant à travers des moments de silence à une meilleure connaissance de soi, on arrive aussi à avoir une nouvelle disponibilité aux autres. C’est dans ce sens-là que je le ressens.

- Ah, voilà la phrase : « le silence est seul signe de la qualité ».

- Oui, elle est très belle.

- Vous... Vous confirmez ?

- Oh, absolument. En participant à cette émission, il m’est venu à l’esprit, qu’il ‘est important de discerner qu’il y’a deux sortes d’imagination : il y a vraiment « la folle du logis », que nous voyons constamment en action, enfin, c’est elle qui est le plus proche de notre moi superficiel, et c’est elle qui constamment, déforme tout ce qu’il se passe en nous. Elle les déforme dans un sens positif, en exagérant le côté positif, ou aussi bien dans le sens négatif. C’est ce qui fait espérer à notre moi superficiel des châteaux en Espagne, et ce qui nous induit en erreur sur le plan spirituel. Car la « folle du logis » nous fait croire que l’on voit les choses telles qu’elles sont, ce qui n’est pas vrai, puisqu’on les voit à travers notre émotion. A l’inverse, la deuxième forme d’imagination, pourquoi pas « la fée du logis », n’est pas ; contrairement à la précédente, constamment sous l’empire de ce tourbillon de pensées, de ce petit moulin à parole, qui tourne sans cesse dans notre mental. Cette « fée du logis » a besoin du silence, de la méditation, et c’est à travers ce calme intérieur, que l’intuition apparait. Et cette fois il s’agit d’une imagination créatrice. Voyez l’importance du silence.

- Mais je sais l’importance du silence...

- Et toutes les possibilités apparaissent à travers cela.

- Maurice Martenot, je reviens tout de même à ce que vous disiez tout à l’heure, et qui est important, puisque cela concerne les enfants et leur éducation. Comment faut-il apprendre la musique aux enfants, je veux dire, non pas enseigner, mais leur donner le goût de la musique ? D’ailleurs, je crois que ce qui est important, c’est de savoir donner un goût aux êtres... Et est-ce seulement, en leur faisant écouter dés qu’ils sont bébés, enfin, dans les premiers mois, de la musique ? Une musique choisie ? Habitue t on l’oreille, à ce moment-là ?

- Eh bien, je pense que l’éducation musicale commence avant la naissance. Des études biologiques prouvent que nous trouvons aussi bien cela chez les animaux qui savent reconnaître le cri de la mère, par exemple chez les canards, juste après leur naissance, parce qu’ils l’ont entendu dans l’œuf. Alors pourquoi est ce que l’enfant n’entendrait t-il pas, de manière plus ou moins déformée, ce que la mère écoute ?

- Vous voulez dire, que la mère devrait écouter de la musique dès qu’elle est enceinte ?

- Absolument. Il y’ a d’ailleurs un exemple dans ma famille... Une mère qui souhaitait que son enfant soit musicien, est allée écouter des concerts durant toute sa grossesse. Et son fils est devenu professeur de harpe au conservatoire de Paris. Il s’agit de Raphaël Martenot.

- Mais à quel moment faut-il commencer ? Pas dans les premiers mois, quand même ?

- Oh, en réalité, vous savez bien que la mère apporte déjà tout ce qu’elle a pu acquérir, alors c’est difficile de situer un point dans le temps... Mais revenons à votre question de tout à l’heure... Quand j’ai parlé de la lettre et de l’esprit, c’est que voyez-vous, le son n’est pas forcément musique. On croit apporter de la musique à l’enfant, en lui faisant solfier des notes, en lui faisant chanter du son, mais du son qui ne vit pas. Or le son ne peut être vivant, que si il forme des cellules, des cellules qui ont tout à fait la même apparence, que les cellules biologiques. Il y’ a un noyau, qu’on appelle en musique l’accent, et autour de ce noyau, le flux et le reflux, qui donne la poussée vitale au son.

Et si il n’y a pas cela, si il n’y a pas cette interprétation de cellule sonore musicale, alors il n’y a pas ce transfert de la vie, ce respect de la vie, et cette nourriture du psychisme que l’enfant attend.

- Maurice Martenot, vous êtes passionné par tout ? Parce que bien évidemment, il y’a cet instrument que vous avez inventé, il y’ a toutes ces disciplines, que vous avez su conduire, et en 1942, avec Pierre Scheffer, vous collaboriez déjà avec la maison RTF... Enfin, vous connaissez bien cette maison, et à un moment, vous étiez chargé, ici, de la sélection des artistes... Mais il y’ a encore, et c’est comme un nouveau ballon d’oxygène que vous inventez, un livre « Se relaxer », et c’est l’aboutissement d’une autre discipline ; le corps, expression de l’être, et une fois encore, vous inventez une méthode... C’est-à-dire, tout doit commencer par soi-même, vous voulez véritablement que les gens connaissent bien leur corps.

- Absolument.

- Ne le méprise pas...

- Ce livre, qui vient de paraître chez Albin Michel, est pour moi l’aboutissement, enfin du moins, j’aurais certainement eu des regrets à disparaître avant de pouvoir mettre noir sur blanc les idées que contient cet ouvrage. Nous n’allons pas pour cela en exagérer l’importance, mais ceux qui peuvent, à travers les lignes, en discerner le contenu... C’est vraiment là l’essentiel.

- Pour le bonheur de l’homme ?

- Oui, volontiers, très volontiers... Ceux-là pourront faire un travail sur eux-mêmes, qui leur permettra, vraiment, de se découvrir.

- Alors, là, il y’ a un mot, et je voudrais que vous m’expliquiez ce mot, « Kinésophie » ? Un mot qui a de l’importance sur la vie quotidienne... Mais ce n’est pas seulement le mot qui a de l’importance, c’est ce qu’il représente. Alors, « kinésophie », c’est quoi ?

- Eh bien oui, j’ai dû, aussi surprenant que cela puisse paraître, « forger » ce mot... J’ai cherché assez longuement, voyant aussi les réactions de mon entourage et de ceux qui, en particulier, ont collaboré à cet ouvrage et dont je vous parlerais dans un instant... Je dois dire que j’ai tenu à établir une différence assez tangible, entre la relaxation vue par le corps médical, qui a conçu des méthodes très diverses, avec Schultz en Allemagne, Jacobsen aux Etats-Unis, mais qui ont toutes l’optique de la guérison... J’ai voulu m’en écarter, car notre travail se place sur un plan tout à fait différent... Sur une optique positive, alors que le médecin est dans un contexte presque toujours négatif : il faut lutter contre la maladie... En réalité, nous n’avons pas d’être malade devant nous, nous avons juste des êtres qui cherchent à voir un peu plus clair en eux, et nous voulons les aider à cela... Il fallait trouver un terme qui s’éloigne de la relaxation. Alors vous demandez, que veut dire « kinésophie » ? Le terme « kiné » pour mouvement, et « sophie » que j’ai beaucoup hésité à ajouter... On peut dire « mouvement vers la sagesse »... Cela paraît prétentieux, et pourtant, croyez moi, notre optique est de combler, de créer quelques barreaux au bas de l’échelle, cette échelle sur laquelle se trouvent encore, tout en haut, quelques êtres supérieurs, tout à fait remarquables... Je pense à Durkheim en Allemagne, Arnaud Desjardins en France... Ce sont des êtres qu’il est difficile d’aborder, car ils se situent tout en haut de cette échelle...

- Cela veut dire qu’ils ont déjà fait un chemin, qu’ils sont en marche vers quelque part...

- Exactement...

- Ils sont à un moment de réflexion...

- Bien sûr que les êtres très évolués sont capables de les suivre là ou ils se trouvent, mais ce n’est pas le cas de la plupart d’entre nous. Or, j’estime qu’il manque quelque chose, sur le plan d’une éducation partant du mouvement, pour ceux qui ont en eux, cette soif d’une évolution dans ce sens.

Et tout le monde l’a. C’est une chose extraordinaire de voir comme les êtres au bout d’un certain temps, même ceux qui viennent dans un but purement utilitaire, en se disant « oh oui, la relaxation, c’est pratique, ça permet de se défatiguer vite, ça permet de récupérer, ça nous permet de faire moins d’effort... Tout cela est exact, mais le but est tout à fait utilitaire... Et qui découvrent qu’il y’ a en eux quelque chose, qui réclame plus que cela.

- D’ailleurs, vous avez voulu faire la différence avec les mots « se relaxer » dans le langage courant, c’est-à-dire se détendre, prendre du repos, s’arrêter un moment... Mais vous n’avez pas osé quand même, sur la couverture de votre livre, mettre « kinésophie », qui est un mot qui n’existe pas, et que vous avez inventé... Mais vous auriez pu mettre par exemple, je crois « un meilleur art de vivre » ?

- Oh, c’est une formule un peu « tout venant »...

- Mais pourtant, vous en parlez ?

- Oh oui, comme ça, en cours de route... Mais c’est vrai, c’est un meilleur art de vivre, vous avez tout à fait raison.

- Mais qu’est-ce que vivre, en fait, maintenant que vous y’ avez réfléchi durant quatre vingt ans de votre vie ?

- Qu’est-ce que vivre ? C’est être disponible à ce qui nous est dicté.

- On le sait à quel moment ?

- Ca... Comment dire que chacun le trouvera à tel ou tel moment...

- Vous l’avez trouvé à quel moment, vous, Maurice Martenot ?

- Ah... Voilà une question bien délicate ! Comment vous dire ça ? Faut-il vous dire que... Elevé dans une école religieuse, j’ai perdu la foi au moment de ma première communion. Cela peut paraître étrange... Je l’ai perdu parce que j’avais une communion avec le Tout, dans l’enfance... Cette communion qui fait que l’enfant, fait un avec tout ce qui l’entoure... Il comprend ce que c’est que le un... Cette communion qui fait que l’on parle, sans mot... Il y’ a un contact, entre la nature et vous, entre les êtres et vous, qui se passe absolument comme je vous le dis, hors d’un vocabulaire... Et cela, c’était pour moi, la communion. Alors, quand on m’a apporté autre chose, j’ai été effroyablement déçu. Et peut-être, de là, de cette déception, a pu germer -oh, bien plus tard- parce que je suis passé par la phase de l’adolescence et par ces idées que l’on a à l’époque, enfin, du suicide, même... Il me semble qu’à partir d’un certain âge, l’enfant continue un chemin d’intégration dans la matière, où il perd tout ce qu’il avait en arrivant. Et il lui faut retrouver le chemin, il lui faut refaire le chemin inverse, et c’est à ce moment-là, alors, qu’on commence à comprendre.

- Vous avez retrouvé la foi ?

- Je l’ai retrouvé précisément, oui.

- Par un chemin intérieur que vous vous étiez tracé vous-même ?

- Oh, que j’ai tracé, non... Qui m’a été amené par la force des choses...

- Vous avez été aidé, alors ?

- Oui je l’ai été... Mais dire comment, c’est très difficile...

- Je voudrais savoir quelle importance vous accordez au mot « temps », qu’est-ce que le temps pour vous ? Maintenant vous prenez le temps de vivre, c’est-à-dire que vous faites beaucoup de choses... Et lorsque vous perdez du temps, vous en gagner ? Surtout, vous avez le temps de faire cela.

- Oui, j’ai rarement le temps, pratiquement.. Mais le temps, vous savez, cela ne peut se discerner qu’à l’échelle humaine. On sait bien qu’une fois quitté ce monde, le temps n’existe plus... C’est vraiment à notre petite échelle...

- Mais c’est notre échelle ?

- Oui, c’est notre échelle, ... Mais c’est une évaluation du temps, par occurrence... Enfin, comment l’exprimer... Je sais que vous attendez une réponse, mais elle est trop délicate.

- Mais lorsque l’on regarde un peu la vie de chacun d’entre nous, on s’aperçoit qu’elle est brisée par des obstacles, du moins qu’elle est arrêtée... Alors quels sont les obstacles qu’il faut supprimer, dans une vie ? Vous, je crois, vous avez fait le point, vous avez appris quelque chose de nouveau... Enfin, vous avez appris ce qu’est une vie vraie, une vie profonde ?

- Eh bien, voyez-vous, les obstacles, pour les bien comprendre, il faut discerner qu’ils sont d’abord dans notre état musculaire et nerveux, et lorsque l’on a compris cela, lorsque l’on a discerné la différence -cela paraît tout à fait terre à terre, mais c’est de là qu’il faut partir- la différence entre un muscle plus ou moins crispé, et un muscle parfaitement relâché... Eh bien, lorsque l’on commence à visiter son corps, suffisamment pour obtenir cette libération de la musculature, on a fait un seul premier petit pas. Il faut ensuite transposer cela sur l’autre plan. Sur le plan mental, ou il faut aussi apprendre à laisser le petit moulin à parole, que j’ai évoqué tout à l’heure, tourner un peu moins vite... Arriver à ce que le rythme du mental s’apaise, arriver à transposer -laisser tomber le poids de la musculature- ce « laisser-faire » sur le plan du mental.

- Vous revenez souvent sur le fait de « laisser faire » ? C’est-à-dire, laisser faire les choses, laisser faire le temps, laisser faire la vie

- C’est parce que notre moi tout extérieur, notre moi superficiel, celui enfin, qui est essentiellement égoïste, nous fait voir les choses sous un angle absolument faux, et nous devons nous dégager de cela, et arriver à ouvrir les voies. En réalité, quand je dis « laisser-faire », de même qu’on a laissé tomber la musculature, on va laisser tomber toute ambition personnelle de ce petit moi. Toute cette recherche de vanité, toute recherche d’un résultat... Rien n’est plus nocif que la recherche d’un résultat. Parce que on est obnubilé par le résultat, et on ne va pas aux causes qui permettront ce résultat qui est en train d’éclore. Il y a là un point important, et je pense à un ouvrage qui vient de sortir, tout récemment, d’Arnaud Desjardins, qui est intitulé, « A la recherche du soi ». Je peux dire, vraiment, que c’est un ouvrage extraordinaire, et j’en ai lu beaucoup, mais réellement, celui-là est une confirmation, je dirais même, une confirmation du travail que nous avons fait madame Selto qui a collaboré étroitement à la confection de cet ouvrage (« Se relaxer ») -c’est une de mes élèves, et qui a collaboré à cela... Eh bien je peux dire que cet ouvrage est une préparation à la lecture du livre d’Arnaud Desjardins.

- Oui, Arnaud Desjardins était là hier, et bous parlait de cet itinéraire, de cette rencontre avec lui-même... Vous le croyez « arrivé » ?

- Oh, est-on jamais arrivé... Il ne sait pas lui-même.

- Il a déjà tout quitté...

- Oh non, il n’a pas tout quitté... Au contraire... En parlant de ce livre, parce que j’ai parlé de l’équipe tout à l’heure, je tiens justement à souligner, ceux qui ont participé... Pas seulement madame Christine Selto... Il y’ a aussi monsieur et madame Yves Sandre, et le dessinateur, qui a illustré ce livre...

- Oui, ça c’est un autre travail...

- Oh non...

- D’ailleurs ce ne sont pas des illustrations, mais des figures, qui montrent comment tenir son corps...

- Voyez combien elles sont expressives. Sigfried, le dessinateur, a fait un travail très remarquable, parce qu’à travers chaque dessin on sait l’état intérieur, de ce qu’il a voulu exprimer... Et c’est très important pour aider la personne qui veut appliquer ce travail.

- Alors, par exemple, j’ai là devant moi une figure, la personne est debout, les bras un peu ballant, la tête penchée à gauche... Est-ce une expression très particulière ?

- C’est la suite d’un mouvement, qui commence sur la page de droite, et où vous voyez le corps qui va se pencher progressivement vers l’avant, puis tourner vers la droite, vers l’arrière, puis vers la gauche... Et si vous suivez les quatre figures, vous trouverez en effet cette évolution.

- Mais ce mouvement, il faut le faire souvent dans la journée, combien de temps dans une journée ?

- L’idéal est de travailler deux fois dix minutes. Mais il y’ a tout ce travail des exercices eux-mêmes, tout ce travail extérieur qu’à tort, on considère souvent comme une gymnastique, ce n’est pas du tout cela. Tout implique la présence dans le geste. Etre là. Car autrement ces gestes n’auraient aucun sens.

- Dites moi un peu comment procéder pour suivre cette méthode ? Je voudrais savoir comment ça se passe... Si on peut le faire tout seul... S’il faut suivre un cours, ou si l’on peut, en vous écoutant, faire un commencement d’exercice ?

- Vous pouvez, demain matin, avec cet ouvrage, commencer un exercice. Il se peut qu’au bout d’un certain temps, vous vous disiez, tiens ce serait plus pratique, peut-être, de travailler avec quelqu’un, qui est très expérimenté, qui va m’apporter des conseils de vive voix, et qui permettra, évidemment, des progrès plus rapide.

- Enfin, j’ai cru comprendre, Maurice Martenot, qu’il faut s’occuper de son corps, qu’il ne faut pas se laisser aller, qu’i ne faut pas dans ce cas-là, « laisser faire »... Alors, si je fais les exercices, deux fois dix minutes par jour, est ce que je dois penser à quelque chose, ou en oubliant tout ?

- Oh, il y’a toutes sortes d’autres choses... Vous pouvez aussi être dans votre corps, placer votre pensée dans votre corps...

- C’est s’oublier, alors ?

- Non, ce n’est pas s’oublier, au contraire. C’est être là, être présent, dans, notamment, la sensation de votre respiration. Respiration que vous apprenez à diversifier... A la faire ou purement thoracique, ou bien purement abdominale. Et là on découvre encore des choses précieuses.

- Trouver son propre rythme ?

- Justement, cela contribue à trouver son propre rythme.

- Mais en fait, pour faire tout cela, il faut s’aimer ?

- Oh, il n’y a pas de raison de se refuser... S’aimer, je crois que cela peut aider à aimer les autres. Il ne faut pas croire que le travail sur soi, et c’est souvent ce que l’on craint, nous incite à l’égocentrisme forcené. Non, car autant nous serons facilement disponible, par justement ce travail sur nous même, autant il nous sera possible d’aider les autres...

- Et la recherche du bonheur, elle se fait en soi-même ou hors de soi-même ?

- Elle se fait en soi-même... Il n’y a pas à rechercher le bonheur, il y’ a à établir, à réaliser, sur tous les plans de l’être, un sentiment d’unité. Quand vous harmonisez l’être sur les divers plans de l’être, alors, il est prêt... Je me souviens de deux filles qui étaient venues me trouver, alors qu’elles avaient tenté de se suicider... Eh bien six ou huit mois après, je les aies vues arriver un jour chez moi, me disant : « Oh monsieur, je sais ce qu’est la joie de vivre, maintenant. ». Voilà... Ca, c’est une autre récompense.

- Notre corps ne peut pas être une prison ?

- Non. Mais il l’est, la plupart du temps.

- A cause de quoi ? Parce qu’on ne sait pas ?

- Parce que lorsque nous sommes enfermés dans nos tensions musculaires excessives, dans nos contractures, nous y’ enfermons aussi le mental. Sans nous en rendre compte. Et la libération de la musculature amène cette libération du mental. Vous savez, nous n’avons qu’un ennemi sur terre, c’est la peur, la crainte... Depuis la timidité de l’enfance jusqu’à l’angoisse, vous avez tous les degrés de la peur... Eh bien c’est notre ennemi... Et au fur et à mesure que la connaissance de soi nous permet d’obtenir l’unité dont je vous parlais il y’ a un instant, ces éléments-là, disparaissent. Je ne dis pas que cela disparaît à jamais totalement, mais cela disparaît à un tel point que l’on éprouve un soulagement extraordinaire.

- Il est vrai, Maurice Martenot, que notre corps, que notre être, attire les évènements... Donc, il faut s’en occuper ? Il faut prendre un peu de temps, chaque jour, pour s’occuper de soit ? C’est-à-dire même dans les pires moments d’énervement, de surexcitation... Il faut savoir s’installer quelque part, se détendre, s’arrêter... Se laisser aller à son propre rythme, et peut-être qu’à ce moment-là, on invente complètement ?

- Aller même jusqu’à ce moment de méditation, de silence intérieur... Je ne parle pas de la méditation sur un sujet donné, mais simplement de tâcher de calmer le mental, afin d’avoir, ne serait-ce que pour une fraction de secondes, que cela ne bouge plus.

- Mais ce n’est pas du yoga, tout cela ?

- Si vous voulez... Le yoga est aussi un travail sur soi-même, mais aborder le yoga dans l’état dans lequel se trouve la plupart du temps, est chose extrêmement difficile. Le yoga a été conçu pour des êtres qui vivaient dans un rythme de vie complètement différent du nôtre. Or les tentatives d’adaptation à notre époque, sont devenues extrêmement difficiles. Ce que j’ai voulu faire avec cet ouvrage (« Se relaxer »), c’est préparer à une ouverture des techniques orientales, le zen, le taïchi...

- Vous avez encore le sens du mystère ?

- Oh, j’espère bien que cela ne me quittera pas.

- C’est important de l’avoir.

- Certainement.

- Et vous faites appel, très souvent, à la sensation... Mais qu’est-ce que la sensation ?

- Qu’est-ce que la sensation... C’est la possibilité de centrer son attention, centrer son mental, sur des perceptions venant soit des organes sensorielles, par les canaux sensoriels, soit de certaines parties de notre corps, soit de ce qu’il se passe dans le mental. Or, on est très rarement présent à soi-même. Nous sommes constamment, et c’est ce que je voulais dire à propose de la folle du logis... Elle nous attire sans arrêt vers le passé pour déplorer des actions quelconques, regretter ceci ou cela... Ou vers le futur, pour former toutes sortes de projets... Et, nous tenir dans le présent, c’est le but de cet ouvrage.

- Alors, j’ai bien compris, Maurice Martenot, il faut développer le goût de l’enfant, il faut également que l’adulte se connaisse bien et sache ne plus mépriser son corps... Donc il faut savoir se conduire dans la vie... Et puis j’ai vu qu’il fallait avoir de la patience, qu’il fallait faire confiance, et être tolérant... Je crois que ce sont des nécessités ?

- Oh, bien sûr...

- Alors, vous avez dit souvent « il faut laisser faire », mais il ne faut quand même pas aller jusqu’au « je m’en fichisme » ? Cela n’a rien à voir ?

- Absolument.. Parce que si « laisser faire » nous menait au farniente, que se passerait-il ?

- D’ailleurs, vous résumez tout cela très bien avec cette phrase : « L’esprit avant la lettre, et le cœur avant l’intellect »

- Oui, bien sûr...

- Merci Maurice Martenot, et puis, j’espère que demain, on dira, « Je joue du Martenot », et non plus « Je joue des ondes Martenot ».

- Oui, c’est ce qui arrive déjà...

- Merci. » 10:12 0 Commentaires 0 Compliment(s) Traduire Optimisé parAnglaisAlbanaisArabeBulgareCatalanChinoisCroateTchèqueDanoisNéerlandaisEstonienPhilippinFinnoisFrançaisGalicienAllemandGrecHébreuHindiHongroisIndonésienItalienJaponaisCoréenLettonLituanienMaltaisNorvégienPolonaisPortugaisRoumainRusseSerbeSlovaqueSlovèneEspagnolSuédoisThaïTurcUkrainienVietnamien Imprimer Article précédent : Jeanne | Retour à la liste des blogs

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