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Comment jouer "Saint François" - Culture - Le Monde.fr

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Comment jouer "Saint François" -

Les célébrations françaises de la naissance d’Olivier Messiaen (1908-1992) trouvent leur achèvement et leur acmé dans l’exécution en version de concert de son unique opéra, Saint François d’Assise (1975-1983), lors d’une soirée unique prévue Salle Pleyel, à Paris, le 31 octobre. Les interprètes en étaient l’Orchestre philharmonique de Radio France, le choeur de Radio France, sous la direction de Myun-Whun Chung, chef très aimé du compositeur. SUR LE MÊME

Saint François a demandé à Messiaen quatre années de labeur exténuant pour l’écriture et autant pour l’orchestration. Les dimensions (quelque quatre heures de musique), le statisme contemplatif, les effectifs gigantesques et la difficulté musicale ne mettent pas l’ouvrage à la portée matérielle et artistique de la première maison d’opéra venue. Il faut une grande fosse pour pouvoir loger les 119 musiciens (palanquée de percussions, trois ondes Martenot, nombreux vents). Il faut un grand choeur de 150 chanteurs environ, divisés en 10 groupes, et trouver des chanteurs solistes prêts à apprendre une musique hérissée de difficultés... Les huit gigantesques volumes de la partition, éditée à grands frais par la maison Alphonse Leduc, sont si lourds qu’il faut une grosse valise pour les transporter...

Messiaen souhaitait voir représenter ces "Scènes franciscaines en trois actes et huit tableaux" avec décors et costumes (qu’il décrit précisément). Mais Saint François n’étant pas à l’affiche d’un opéra français en 2008-2009, Chung a dû penser qu’il fallait tout de même le donner, fût-ce en concert, dans le cadre de cette commémoration. Très critiquée, voire moquée à sa création à l’Opéra de Paris en décembre 1983 ("Cui-cui, François prêchi-prêcha" titra le quotidien Libération, "contenu sucré, malsain, vicié, aussi peu franciscain que possible" lisait-on dans l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur...), la partition fut défendue par Henri Dutilleux qui devait, dans les colonnes du Monde, sortir de ses gonds et dénoncer l’incapacité "d’apprécier la signification" de l’oeuvre, qui devait selon lui "illuminer cette fin d’année 1983." La postérité de Saint François, régulièrement donné sur scène, de Salzbourg à San Francisco, semble avoir donné raison à Dutilleux... Renaud MachartArticle paru dans l’édition du 01.11.08.