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Yann Tiersen : « Je ne calcule rien » - Nord Éclair, l’actualité quotidienne du Nord-Pas-de-Calais, de la métropole lilloise à l’Artois

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    Yann Tiersen : « Je ne calcule rien »

Publié le samedi 16 avril 2011 à 06h00 Parce qu’il travaillait à la base sur un double album, Yann Tiersen devrait sortir un mini-opus cet été. Dans son dernier opus, il y a de la tristesse, du deuil. Mais en même temps, « Dust Lane » vibre d'une salvatrice légèreté. Musicien virtuose, Yann Tiersen sera sur scène, demain au Splendid, dans le cadre des Paradis Artificiels.

PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr

Peut-on dire que « Dust Lane » sonne comme un premier album ?

>> Complètement. Quand j'ai commencé à faire de la musique, c'était l'album que j'imaginais.

Pourquoi avoir autant attendu alors ?

>> Pour plein de raisons. J'ai joué dans des groupes au cours des années 80. Quand j'ai fait de la musique en solo, c'était purement électronique. J'ai vachement travaillé avec du sample, j'aimais beaucoup les Young Gods dans leur première période. Je suis parti ensuite vers des sonorités acoustiques sans subir mes influences. Comme le moyen d'expression était différent, cela ne se ressentait pas. Petit à petit, il a fallu digérer tout ça, comme réutiliser des guitares électriques sans que ça sonne comme ce que j'écoutais.

N'est-ce pas la première fois que vous utilisez des synthés ?

>> Effectivement. C'est assez rigolo parce que je viens de là. J'ai fait tous mes premiers concerts en solo avec seulement des synthés. J'ai passé beaucoup de temps à travailler dessus mais je n'arrivais pas à les utiliser de façon honnête. J'ai commencé avec des Ondes Martenot, un instrument des années 30, et maintenant je suis entré dans les années 80 avec les claviers analogiques (rires).

Nostalgique alors ?

>> J'ai vraiment besoin de la nature organique d'un instrument. Je suis quelqu'un qui ne croit pas au numérique.

Votre disque est à la fois électrique et acoustique. Donc le plus éclaté jusqu'à présent ?

>> J'ai eu envie de ce mélange parce que c'est ma culture. Mes parents écoutaient beaucoup de musique classique et j'ai grandi avec ça. Comme je vivais à Rennes, les Transmusicales et les concerts dans les cafés m'ont vraiment donné envie de faire de la musique. J'étais fan de post-punk, dans toute sa palette, et de groupes comme Kraftwerk.

Pourquoi avoir travaillé ici d'une façon plus fragmentée ?

>> J'ai mis deux ans pour le faire.

Entre-temps, j'ai joué avec Orka, j'ai composé pour Miossec (Finistériens, ndlr), j'ai fait la BO du film Tabarly.

Cela m'a permis de prendre du recul et de me remettre à chaque fois au travail d'une manière neuve et fraîche.

Que doit-on entendre par « Dust Lane » ?

>> J'aime bien l'image de la poussière (dust en anglais, ndlr) en tant que texture. Il y a plein de particules où les choses peuvent être nettes ou floues, tout dépend où on se place. Et Lane renforce ce contraste entre poussière et le côté urbain. C'est aussi un terme d'astronomie, plus précisément un amas de poussières devant une galaxie.

L'album est traversé par la disparition et le deuil. Et il sonne pourtant lumineux...

>> Ce n'est pas un album sombre. Je suis quelqu'un d'assez positif. Même les choses graves amènent à rebondir.

Vous avez tourné pendant deux mois aux États-Unis. Une autre sensation ?

>> Je n'ai jamais vu la musique comme quelque chose de spécifiquement français. J'ai toujours tourné à l'étranger mais ça a été un long travail.

Comment ce disque va-t-il s'inscrire sur scène par rapport au reste de votre répertoire ?

>> On joue tous les morceaux de Dust Lane, quelques-uns du précédent aussi et presque rien des autres disques. On commence le concert par un titre de mon premier album parce que c'est un sample et je pense que personne ne va le reconnaître (rires).

Et les morceaux d'« Amélie Poulain » ?

>> On fait La valse d'Amélie, mais dans une version très différente de celle du disque. Je ne vois pas l'intérêt de jouer le morceau comme sur l'album. Après, il y en a certains qu'on ne sent plus et qu'on a trop joués. Bagatelle en fait partie alors que c'est une chanson que j'adore.

L'immense succès de la bande originale d'« Amélie Poulain » n'a-t-il pas été réducteur de l'ensemble de votre travail ?

>> Cela a permis à des gens qui ne me connaissaient pas d'aller chercher un peu plus loin. Pour les autres, cela a pu être une sorte de malentendu.

Après, ce n'était pas mon public non plus. Je n'ai pas fait cette BO, c'est juste Jean-Pierre Jeunet (le réalisateur, ndlr) qui a choisi mes morceaux.

D'ailleurs, ils sont assez typés.

Des valses ?

>> Oui. Des trucs à l'accordéon qui n'étaient pas super présents dans mes albums. L'incompréhension est venue surtout des médias. Quand c'est sorti, j'étais en tournée. Donc je ne m'en suis jamais vraiment rendu compte. C'est plus maintenant, en sortant de scène, où il y a des gens très surpris. Et là, j'ai pris la dimension du malentendu qu'il pouvait y avoir. Ma musique a toujours été sincère, je n'ai jamais fait des choses putassières. Pourquoi aurais-je refusé ? Cela n'embête pas plus que ça. Ce n'est pas un mauvais film.

Ne vous a-t-on pas collé une étiquette « musique de films » ?

>> Si, alors que je n'en ai fait que deux en quinze ans : Good Bye, Lenin ! et Tabarly. Je trouve ça incroyable d'être catalogué comme mec qui fait des musiques de film. Il y a plein de groupes qui en ont fait davantage que moi. Je ne me suis jamais préoccupé de mon image, j'aurais peut-être dû faire plus attention à ça.

Vous vous en fichez de votre image ?

>> Je ne calcule rien. Mais parfois, je peux avoir une image qui ne correspond tellement pas à ce que je fais que cela peut en être ennuyeux. Je n'ai jamais fait de la musique pour la gloire. Ce n'est pas un but dans ma vie.

Je préfère avoir peu de gens qui savent vraiment écouter plutôt qu'une flopée de spectateurs qui viennent pour de mauvaises raisons.

Pourquoi avez-vous dit que « la France est un pays qui s'endort » ?

>> Le gros problème de la France, c'est qu'elle a fait de très mauvais choix politiques. Après, en voyageant vachement, j'ai remarqué qu'on était vraiment isolé dans ce pays. Les quotas à la radio, par exemple, c'est complètement idiot. Les gens sont aussi beaucoup repliés sur eux-mêmes. Et si on veut renoncer au libéralisme à outrance, je pense qu'il faut peut-être avoir une vision globale.

Finalement, vous êtes plus bavard qu'on ne le pensait...

>> J'adore les interviews et parler. Mais on m'a parfois posé des questions un peu connes. Et comme je ne sais pas tricher...w